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Buveur de poèmes, le blog de Franck Kukuc

Le pourquoi du côt, du comment

11 Avril 2015 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #Mots et vins d'avant

La roseur arrosée

La roseur arrosée

Il y a une semaine, j'ai renoué, réétabli un contact avec un ami de longue date. Des incompréhensions nous avaient séparé depuis sept ans. Mais voilà, il manquait à ma vie d'aujourd'hui.

J'ai téléphoné. Rien n'avait changé sur la profondeur de notre amitié.

Il est ce copain que j'avais conté dans un texte destiné aux Vendredis du Vin (un événement mensuel de la blogosphère des amoureux de vins) en 2013.

C'est un texte qui ne peut se perdre, en voici une version légèrement remaniée qui explique le pourquoi du comment, mon amour pour le côt... juste après le ch'nin.

Earth Wind and Fire, "Got to get you into my life", un cépage : le côt.

http://www.youtube.com/watch?v=kc6XZ7u32To&feature=youtu.be

Rewind, je rembobine les souvenirs aux sons des cuivres. Il était une fois, il y a 20 ans, deux copains en virée dans les environs de Valencay (unique pour avoir donné son nom à deux A.O.C, l’une pour ses fromages de chèvres, l’autre pour ses vins). Le best of d’E.A.W.F, le seul CD ( Ndlr : support musical ayant existé avant le mp3) dans la voiture pour tout un week-end. En boucle qu’ils l’écoutèrent ! Au point qu’ils entrèrent dans ce restaurant isolé, niché dans les vallons verdoyant des environs de St Genou dans le Berry, en fredonnant «Got to get…». Le resto’ s’appelait «Le Pousse-caillou» (véridique et bluffant quand j'y pense aujourd'hui). Les trompettes soufflaient encore joyeusement dans nos oreilles lorsque la cuvée de la maison fut posée sur la table. Un jus d’assemblage régala nos palais et délia nos langues. Il fallait savoir, rencontrer le vigneron. Nous ne pouvions quitter la région sans emporter notre propre assemblage concocté avec cet artisan. Renseignements pris auprès du restaurateur, le lendemain nous avions rendez-vous avec le vigneron. Gamay et côt furent goûtés séparément puis assemblés. De cette journée vient mon affection pour le deuxième cépage cité. Il me racontait tant et de façon joyeuse. Rustique, il me parlait de sa terre. Fruité, ses notes de griotte entre autres choses m’élevaient vers le ciel. Je découvrais une autre facette de ce cépage que l’on nomme malbec quand on s’aventure plus au sud. Je ne reconnaissais pas le goût des sauces, du «Carte noire» (marque de malbec vendu en GD) pour le bœuf bourguignon de mon enfance. Dans cet autre millénaire, le cahors c’était du brut de décoffrage. Cahors, dix sept ans ont passé depuis Valençay. Fabien Jouves, Lacapelle Cabanac, les vins en amphores du couple Azémar, pour n’en citer que quelques uns, m’enchantent. Une seule quête : fluidité, beaucoup de fraîcheur, de la gourmandise. J’ai appelé ces vins «mes cahors d’altitude».

Mikaël Bouges, l'artiste de Faverolles sur Cher

Mikaël Bouges, l'artiste de Faverolles sur Cher

La route n’est pas finie. Il y a deux ans, je rencontre Mikaël Bouges aux Caves d’Argent à Paris. Sans le savoir, l’artiste de Faverolles sur Cher organise mes retrouvailles avec un côt qui ressemble à celui des envrions de Valençay. Il manque quand même une chose pour que l’illusion soit parfaite : la rusticité. Et pourtant, là aussi je renifle la terre. Mais la belle finesse des «Côts hauts» m’incite davantage à humer qu’a renifler. Je regarde mon vigneron posé et discret. Je lui trouve un «je ne sais quoi» de flegme britannique. Une chanson lointaine s’installe, ça me rappelle… Je n’arrive pas à me rappeler mais c’était rock et sage. Ça se lâchait avec retenue. Avant l’été, Renaud Vuillermet, tu m’as offert ce trésor de Mikaël : un côt vinifié en rosé «La Roseur». Tu avais ce regard pétillant qui annonce le vin à boire «à la régalade». Ce fut une explosion de fraises, griottes et bonbons acidulés. Ça emplissait la bouche. C’était poli et sensuel. Ça me racontait une rivière et ses cailloux roulés, un étang avec une brume virginale un jour de pêche. «Got to get you into my life» chanté cette fois-ci par les Beatles.http://www.youtube.com/watch?v=uWjEQsAYB9A

Une gaieté différente comme une manif’ d’étudiants, de personnes qui veulent qu’on leur laisse la liberté de s’enivrer de mots ou de vins. A leur guise. A ce propos, la musique peut être simplement celle d’une voix. Ecoutez donc celle de Serge Reggiani récitant «Enivrez vous» de Baudelaire…

"Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise."

Voilà comment un même cépage avec sa musique intérieure, ses paroles peut trouver une autre couleur musicale lorsqu’il se trouve interprété par un autre musicien de la vigne. Il y aura fort à parier qu’une des versions vous touche, vous fourgonne.

Fourgonne... Farfouiller, fouiner... (Merci M'Amuses)

Post scriptum : je m'aperçois que le côt rosé est souvent partagé avec des amis cavistes ou qui l'ont été. J'aurai pû me demander pourquoi mais j'ai autre chose à faire à présent : profiter.

J'aurai pu aussi vous parler des Côts Vieilles vignes de Le Rocher des Violettes mais je ne connais pas encore Xavier Weisskopf

Chez Bruno Besson et avec Laurent Cerqueu
Chez Bruno Besson et avec Laurent Cerqueu

Chez Bruno Besson et avec Laurent Cerqueu

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Katty Dendal 12/04/2015 03:32

Encore un joli article Franck, un article qui respire la Vie, la Passion et l'Amitié :)