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Buveur de poèmes, le blog de Franck Kukuc

Derniers vertiges avant le prochain

26 Mai 2015 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #Coeur fidèle

Copyright M. Johnson. Merci Marylin pour ce jour où tu m'as autorisé à utiliser cette vision.
Copyright M. Johnson. Merci Marylin pour ce jour où tu m'as autorisé à utiliser cette vision.

Derniers vertiges avant le prochain,

il faut parfois regarder autrement avant la suite.

Coeur fidèle n'est pas de retour.

Ses mains sont bavardes mais n'arrivent pas à poser les mots. Ses mains accompagnent la vigne. Elles ont taillé et maintenant ébourgeonnent. Ses semelles de vent l'emmènent vers de nouveaux clients. Il n'y a pas de temps pour se poser.

Il lui faut vendre du stock.

Vendre du vin et du rêve n'est plus sa tâche, elle le sera pour d'autres ... Cela a failli être pour moi, cela pourra l'être encore... pas maintenant.

Coeur fidèle est partout, il voudrait être chez lui.

Il voudrait écouter un peu plus de musiques, de ces pépites rock psychédéliques d'hier qui n'entrent pas dans les cases minutées de nos radios d'aujourd'hui. Pour cela aussi, on prenait le temps. "Another day in paradise" de Phil Collins, "One for the vine" de Genesis... Ah ! Avec ça, on peut en tondre de l'herbe entre les rangs. Il ne zappe pas. Il tond, griffe, laboure, fait marcher l'intercep, le casque sur la tête.

Parfois, un cheval d'un autre temps vient le soulager en mangeant sa ration d'herbes hautes.

Et les couleurs des cieux continuent à émerveiller notre vigneron qui n'en finit plus de les regarder. Il ne se lasse pas. Il court encore et encore. Il me surprend avec sa voix, ses mots posés. Il court. Il s'attache à la vue de quelques roses et pivoines. Il y a longtemps qu'il ne s'est plus attaché à une seule rose. Le petit prince s'en est allé, le rêveur de ciel est toujours là.

Coeur fidèle n'est pas de retour, à force de regarder les cieux, le voilà dans un avion.

Le domaine doit vivre et son homme de mains doit vendre.

Il restait une lettre de notre histoire de quatre mains, il fallait juste quelques couchers de soleil pour partager la dernière lettre de M.

"Pour palper la palpitante vie....

Écrire, exprimer, ressentir est devenu mon métier.

Quel monde fut pour moi ce domaine, m'absorbant toute entière. Me mettant en poésie totale. De l'œil qui mord le matin brumeux aux trajets radieux, des festins de l'âme à la poussière de suie, du silence des chais au chant des sabots.Vignes, arbres, pierres, vins, sourires... Comme le jour, le tout ponctué par les cloches amies. Personne ne pouvait savoir que ce début d'année aurait engendré une dégustation sous tous ces sens. Quatre mains, quatre semaines... 48h suffisant à révéler à l'un que le complet n'était qu'une vue de l'esprit... D'évidence, rassembler les bêtes qui hurlent en silence et partir. Déserter sans se faire éconduire. Cœur palpitant de tanin... 48h... Pour prendre la hauteur de l'apogée. VERTIGES. Un dernier lancer de dés fatal. Tout s'accélère, envie de mordre, de courir à travers les témoins centenaires, de grimper les églises, les murets, le canasson, la pente de la terre, la palette de quilles, les escaliers de la cuisine... Oui au galop, au pas de course, le cœur battant d'amour.

Quelle envolée, quel appétit, quelle joie : le partage.

Et puis une force invisible fait des nœuds, les mots de trop et l'impasse s'impose.

Dans la voiture, deux mains s'éloignent certes. Mais aussi la bestialité de ma poésie, un équidé, le canis de mon fils, et le félin clandestin arraché à la misère de sa campagne. Le frais adopté n'a pas su, lui non plus, te détourner de ta solitude... Vigneron.

Finalement ton vin est ta femelle, celle qui prend rôle et importance.

Mais pour avoir voyagé 4 semaines dans un torrent de sensations, je sais maintenant que l'océan m'attend quelque part, il aura certainement le goût de merlot et de craie...

Oui l'ombre se disciple dans le rétroviseur, goûts syncopés... Et pourtant entre sanglots, râles il y a le rire, l'euphorie, l'irrépressible envie de galoper.

Enserrer le cèdre centenaire, l'entendre poser sa sempiternelle question : mais où étais tu? Il sait maintenant, que j'existe et que toute entière je l'ai respiré pour m'imprégner à jamais de son écorce, refuge de mon cœur quand la poésie me manquera...

M."

Klimt, un peu

Klimt, un peu

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