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Un soleil couché en bouteille.
Un soleil couché en bouteille.

Un soleil couché en bouteille.

Mistelle*, c’est le mot qui m’est venu lorsque la bouteille fut vidée.
Une bouteille livrée en mains propres par le facteur quelques jours plus tôt.
Un vin de Reignac accompagné de jolis mots de Nicolas Lesaint. Il me proposait de goûter une inconnue et pourquoi pas d’y trouver une poésie…

"Tu seras le premier, vraiment, à en boire, le premier extérieur à ce cercle proche qui m'entoure, je suis impatient à savoir si elle saura accrocher un vrai moment de vie"

Le matin du jour choisi, je plaçais le présent de Nicolas au plus bas du réfrigérateur. Plus précisément, je le couchais parmi les tomates rougies par un soleil de village français, le fenouil, une branche de céleri, des carottes, une pomme granny smith, du citron vert à zester, un dos de saumon fumé.

Oui, j’imaginais déjà un accord avec la couleur de ce soleil couché en bouteille. Quelles seraient les sensations, les notes aromatiques qui chanteraient une équipe, un terroir, un bordeaux qui ne veut pas être supérieur mais tellement plus...
La couleur ambre et dorée, le nom ne m'amèneraient pas vers une fin de repas. Non, c'est toute une chanson d'Higelin que j'espérais rencontrer dans ce flacon. "Encore une journée d'foutue" comme je les aime. Cela allait finir la journée et commencer une longue soirée sous les étoiles.

Finalement, je souhaitais à « Pitite douceur » (le nom de cette cuvée) d'être un appel à la nonchalance.
Prêt ?

En voyant la couleur, imaginant le verre pleurer par le choc thermique, je me rêvais avec « ma tigresse toute auréolée de ses tresses » enfoncés dans les coussins du canapé.
Le soir est arrivé. La chaleur caniculaire faisait des heures supplémentaires.

C’est là que tout s’est faussé.

Têtes à la renverse, peaux cherchant à s’offrir à une fraîcheur qui a oublié notre rendez-vous.

On commence sans rien de solides, des abricots tendres pas encore tout à fait secs s'invitent dans le salon. Je vois ce vin alors plus comme une cartagène. La chaleur sans doute, fausse mon jugement. Je regarde sur le côté et admire la restauration de son lit d’enfance, un pliant en fer forgé qu’elle vient de repeindre et d’habiller de jolis coussins.

Enfances, influences.

Voilà que je trouve des notes aromatiques d’écorces d’oranges. Je pense aux Sarments, à une alliance de chocolat noir avec la saveur d’orangettes. Je ne sens plus, je revois une orange piquée de clous de girofle au fond de l’armoire. L’armoire, je l’entrevois sûrement à cause d’un soupçon de cire d’abeille… Encore un scénario d’foutu, ma dégustation orchestrée qui se fait bousculer par la vie, par mon Elle qui ne va pas percevoir tout à fait les mêmes notes.
J’avais imaginé quelque chose un peu moins moelleux sûrement dû aux chenins que j’aime boire depuis un certain nombre d’années.
L’accord prévu ne se fera pas. Tant pis, je n’ai pas acheté de melon, ni de fourme d’Ambert, ni de feta. Tiens, on aurait pu s'attabler avec un carpaccio de melon, de la feta… comme un millefeuilles.

On passe dans le jardin, à la recherche d'une brise hypothétique. C’est un jardin commun aux locataires et propriétaires. Il y a là des arbres qui chantent d’insectes, des grenouilles se font entendre au loin dans cette rivière nommée Vendinelle qui n'est plus qu'un souvenir. Des roses donnent autant leur parfum que la beauté de leur forme. La bouteille pleure sous la chaleur. Et ça change nos verres. Une petite amertume en fin de bouche se révèle. Depuis le début, le sucre n’est pas un obstacle. On finira la bouteille surtout depuis qu’une ombre s'est dirigée vers nous... une voisine. C’est Régine qui s’amuse à la vue du chat de mon Elle qui se fait courser par son chien. Des rires bienvenus dans une fraîcheur nocturne tant espérée.
Nous l’invitons à prendre un verre. Elle aime comme nous. Elle y trouve des notes d’agrumes. Elle estime que « ça tape » un peu. On s’accorde sur un 15 degré.
Je lui avoue mon ignorance quand au cépage, aux cépages qui comblent ces papilles. J’y vois un assemblage de sauvignon et de muscadelle parce que le vin vient de Bordeaux. Oui, je sais, je lis trop.
Mon esprit se remet à galoper. Je n’arrive pas à me détacher de l’idée que ce n’est pas fait classiquement. J’ai envie de moût de raisin frais avec son sucre auquel le poète de Cabara aurait ajouté de l’eau de vie. « Eau de vie » que j’aime ces mots quand on les démêle.

Jacques Higelin a depuis longtemps fini sa chanson.
Le premier accord parfait.
Les étoiles piquent le ciel, nous sommes trois à parler, boire, rire et finalement ça me va très bien même si c’est loin de ce que j’avais imaginé.
Le deuxième accord parfait.
Il fait chaud et j’imagine une veillée de Noël où Nicolas serait avec sa Lilou, tout proches, à crayonner des rêves sous le regard attendri de Stéphany. Peut-être quelques orangettes confites, du chocolat, un peu de pâte de coing seraient à portée de main. Il y aurait une autre chaleur, celle d’un feu de cheminée. Et une autre chanson du répertoire du grand Jacques : « Ce qui est dit doit être fait »
Le troisième accord parfait.

Au fait, je ne vous ai pas dit ce que j’avais décelé au premier nez ? Un parfum de complicité entre un père et son enfant.

Il y a presque un an,
Sous une même chaleur, j'ai vu cet homme venir à ma rencontre.
Nicolas Lesaint.
J'entends encore les graviers sous nos pieds.
J'ai perçu la douceur instantanément, les questionnements, les prises de décisions dans la main qu'il me tend.
Tour dans les vignes, au volant,
ses cheveux aux vents et moi habillé pour la plage.
Des bambous qui ont leur place, un ponton qui marque mon regard, un bonsaï.
Un pigeonnier et des vins qui lévitent,
Un cliquètement métallique et l'imagination de Monsieur Vatelot en action.
Tout est sérieux et tout ne semble être qu'un jeu.
D'une des fenêtres, Nicolas me donne à rêver un jardin des senteurs comme j'en ai imaginé un pour ailleurs.

Mistelle* : de l’italien Misto (Mélangé) boisson alcoolisé à base de moût de raisin auquel on ajoute de l’eau de vie.
Ex. : Pineau des Charentes, Cartaghène…

Pitite douceur 2014
Château de Reignac
38 Chemin de Reignac
33450 Saint-Loubès

Précision au 30 juillet 2015 : Début juillet, un souci informatique ne m'a pas permis de publier ce texte ici. Il n'a donc été lisible dans un premier temps que sur la page facebook Buveur de poèmes, p

uis dans le billet de Nicolas du 7 juillet http://reignac.com/blog/2015/07/tout-ce-qui-nest-pas-donne-est-desormais-perdu.html

Retrouver ma philosophie de vie dans les mots du poète de Cabara, voir mon texte dans ce billet m'a ému.

Rassembler, partager, savoir pourquoi je suis là.

Merci à toi, Nicolas.

https://www.youtube.com/watch?v=kO0r2eWpwdM&feature=share

Tag(s) : #Mes poètes divins

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