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Tour d'avenir

Tour d'avenir

Reflets
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"Sortez de la rentrée !"

Ce fut une belle expression que je m'empressais d'adopter en prenant le train pour Montpellier ce maintenant lointain vendredi 2 septembre. « Sortez de la rentrée », pour vous éclairer, c’était le titre de la soirée-dégustation chez Laurent de la Cave du Boutonnet à Montpellier. Ce sont des mots qui m’ont habité durant tout mon séjour chez Vincent.

Ce vendredi matin-là, quand le train est sorti de Paris, il y avait dans mes bagages quelques vêtements usés pour les vendanges et surtout beaucoup de doutes existentiels, d'attentes et d'espoirs.

Fin juillet, j'ai arrêté d'être employé marchand de vins chez De Vigne en ville. Tous mes efforts de communication ont donné l’impression à beaucoup que j’avais ma cave. Mon job, c'était de faire décoller les ventes de cette cave. Mon objectif c'était aussi d'"imprimer" ma personnalité. Car si on va chez un caviste plutôt qu'en GD c'est pour y trouver un vin, un conseil mais aussi une proximité d'écoute et d'affinités. Partager, écrire, animer, représenter… Finalement je n’ai jamais été clair et personne n'a su et ne sait encore ce que je fais exactement.

J'ai été et suis Buveur de poèmes. Et en ce mois de septembre, j'entrais dans beaucoup de cases.

3 heures 30 à traverser la France. C'est comme si c'était hier, aujourd'hui...

A penser et à « réseauter » pour fermer les yeux sur ma réalité. Je veux vivre de ma passion et dans un premier temps je vais faire des remplacements de cavistes, de vignerons en salons. Je vais présenter, en mots et en verres, au public les vins que j'aime ainsi que le paysage et le travail des vignerons que j'apprécie. Je ne me sens pas être agent même si des amis de la vigne me le demande. Je me vois plutôt comme "passeur d'affaires" avec des commissions à la clef. J’ai mes petits chérilous à Paris, mon amour à Toulouse. J’ai un travail à trouver… qui devra être lucratif… avec des moments à vivre sans jamais me perdre pour eux, pour elle. Je veux faire ce qui est juste pour moi avec elle, avec eux. Je pense sérieusement à postuler pour une appellation des environs de la ville rose, pour un poste de communication. J'ai commencé à faire marcher le réseau. Je vais refaire mon C.V.

J’ai mes mots, mon empathie, mon idée de rassembler et face à moi ma réalité écartelée.

Montpellier. Je descends du train et je sors de ma « rentrée ». La nouvelle gare est magnifique. En fait, pour moi, elle est nouvelle car cela fait trois ans que je ne suis pas revenu dans cette ville. Il fait chaud. Bref !

Maintenant, c’est vendanges chez Vincent Bonnal. Je ne vais vivre que cela. Il est là et malgré son calme apparent, je le sens bouillonner. « Il y a tout à faire et rien n’est prêt ». Je souris, je vais m’immiscer dans son univers.

C’est la fin de l’après-midi et avant que je rencontre les raisins du Domaine de Pélissols, nous sommes attendus à la cave du Boutonnet chez Laurent où « la vérité revient au goulot ». Encore une heure et la clientèle va s’animer autour des millésimes précédents de Vincent, des blancs, brosés (rosé avec macération de 36 heures « à la manière d’un clairet ») et rouges.

Vincent téléphone pour trouver d’autres bras. Les degrés montent à Bédarieux. Personne ne s’attendait à cet énième caprice de Mère Nature : Allons-nous vraiment devoir vendanger les blancs puis les rouges dans une immédiate foulée ?

Je fais connaissance avec Laurent, ancien agent de voyage, reconverti. Cela va bientôt faire deux ans qu’il a ouvert sa cave. Ici, tout est cohérent avec le discours. C’est bio, bio-dynamique et nature. Et dans les boiseries dessinées par monsieur, les prix affichés font penser que nous sommes chez les producteurs. Comme si Laurent ne se faisait pas de grosses marges, comme s’il ouvrait son lieu « juste » pour le plaisir de voir s’accorder les palais montpelliérains avec le meilleur de toutes les régions et pas seulement du Languedoc-Roussillon.

En cela, il a mon estime comme je l’ai envers ces hommes et femmes qui nous donnent leur meilleur sans exposer leurs soucis.

Je me sens toujours caviste. Il y a ces curieux, ces clients qui demandent à voir, à boire ce qu’ils maîtrisent. Ils sont là, ne connaissent pas le vigneron et/ou les vins. Mais non, ils ne veulent pas goûter ce qu’ils ne vont pas aimer. Ils en sont certains. Et pourtant, ils sont venus pour découvrir. C’est drôle les clients. Je sais que je ne vais pas pouvoir m’en empêcher. Je suis chez Laurent, à la soirée des vins de Pélissols. Je sais, par exemple, que le Brosé de Vincent, c’est tout sauf ce qu’ils n’aiment pas. C’est une couleur vineuse et pas seulement une teinte qui t’invite à un barbecue. C’est une envie de soirée à l’aveugle où l’on perdra ses repères et ses convictions. En résumé, ce n’est pas du rosé c’est du vin, de ceux qui font parler.

Oups, c’est écrit ! Mais comme dit l’ami, il faut parfois « les « violenter » pour qu’ils tendent l’oreille ».

Je parle, nous échangeons. Je fais goûter, ils achètent. Il y a de vraies rencontres et de simples passages. Il y aussi des retrouvailles pour Vincent et moi avec des amis de la région. Avec une rencontre, il y a même un peu de Chine et du passé œnologique de Vincent dans cette soirée…

La soirée achevée, c’est l’emprunt de petites routes dans la nuit. Vincent est prudent. Nous avons fait une dégustation, nous avons bu. Et ce n’est pas le moment d’être contrôlé. « Il y a tout à faire et rien n’est prêt ».

Je souris, je me sens padawine à cet instant.

# Règle première : dormir dès qu'on le peut.

First day avec Vincent Bonnal : Le stress, être prêt dans le chai

Samedi 3 septembre, tôt le mâtin.

Nous voilà, au pied de l’immensité. L’immensité de caisses de cerises, plastiques vides et poussiéreux. C’est pratique pour transporter le raisin. Emboitées, les caisses attendent le nettoyage. De l’eau, une solution diluée pour faire fuir les bactéries, une brosse à poils rouge et une autre verte fluo avec cette inscription qui ne m’a fait rire que le premier jour « Tu peux te brosser, Martine »

Penser à lâcher prise... C’est le moment, non ? Mouille et Brosse !

De quoi demain sera fait ? Brosse, désinfecte !

Vais-je y arriver ? Brosse, rince, emboîte !

Penser à lâcher prise… Le soleil brille sur les cagettes et irise les gouttes d’eau… Il faut que je me souvienne de cet instant poétique…Photo, il faut… Non, brosse !... Tiens, la phrase d’Iris Rutz Rudel, vigneronne à Lisson (pas très loin de Bédarieux) qui traverse mes pensées « T’es quand même pas chez un "petit bricoleur" dernière mode mais dans un domaine avec une tradition dans la région, qui a une base solide de connaissance et pratique de père en fils, où l'évolution sur des méthodes plus "naturelles" et leur marketing adapté s'ajoute à une bonne base de métier » (ça peut paraître long comme pensée mais c’est un vrai commentaire reçu d’Iris)… Je me rappelle cette phrase et bien d'autres qu'elle m'avait adressé en des temps plus tristes... Un passé, une autre vie... Rince… Ne plus penser.

Mâtinée passée, sandwich croqué au soleil, baskets trempées qui veulent sécher au soleil, lectures de messages et appels téléphoniques pour Vincent en recherche de bras pour dimanche et les jours suivants.

# Règle deuxième : Tu expliqueras à ceux qui pensent que si certains vins naturels sentent "la ferme" ce n'est pas par manque de nettoyage. Il y a d'autres raisons.

Tu pourras dire qu'il faut beaucoup d'eau pour faire de bons vins.

Je continue à brosser, rincer en début d’après-midi. Et puis, nous entrons dans le chai. Je regarde Vincent, bouger des tuyaux (des manches), prendre des clefs pour visser, dévisser. J’attend, regarde. Et les toiles d'araignées ondulent sous les courants d'air. Oh, il n’y en a pas beaucoup juste quelques-unes nées de la différence de température entre la cave et l'extérieur. Près de deux grandes portes en bois sombres, sous les souvenirs de parts des anges et les toiles d’araignées ondulantes, nos mouvements d'impatience réveillent la cave.

C’est là que je commence à comprendre l’essentiel de cette journée : la cohabitation entre l’agitation et le calme. Attendre que la pompe transfère le vin d'une cuve à l'autre. Libérer de l'espace. Vérifier les cuves béton. Attendre que le suif (sorte de mastic alimentaire) et le joint s'épousent et que la porte en fonte vissée en croix annonce le verdict. Si ça fuit, il faut vite aviser. La porte en fonte peut rompre si elle est mal vissée. Et ce seront des litres d’hectolitres perdus.

Attendre et pendant ce temps il fait 40 degrés dehors. 40... 40 hectos à l'heure. Pompe ! Petite pompe. Les degrés montent dans la vigne !

Bouger les tuyaux d'une cuve à l'autre et entendre le ressac du vin. Et pendant ce temps, des gens sont à la plage pour ce premier week-end de septembre. Puis, c'est la récupération de toutes les lies à transférer dans une autre cuve et la promesse d’une autre attente. Attendre la venue d'un camion qui viendra pour la distillerie qui transformera les lies en alcool ménager par exemple (Les déverser dans la nature ce serait asphyxier la faune aquatique, les lies pompant l'oxygène).

Pompe, petite pompe.

Ne plus penser, ne plus penser qu’à briquer, détartrer, rincer, faire circuler sous pression une balle de mousse tel un goupillon à l'intérieur des tuyaux, graisser à l'huile alimentaire les mécanismes, être prêt dans le chai.

Ah si penser encore à deux trois très belles choses : Mes enfants, mon amour, les vignes avec qui je vais enfin me « frotter » dimanche.

Fin de l'épisode 2

A suivre... si vous le voulez bien

Ce billet est dédié à mon bel Ami Quitou Cools, passeur d'émotions viniques en Belgique. Ta phrase est mon titre.

Si tu savais... Mais tu sais déjà tellement.

Adresses utiles :

  • Chez Laurent – Cave du Boutonnet

Adresse : 57 rue du faubourg Boutonnet

34090 Montpellier

Email : contact@caveduboutonnet.fr

Tél. : 09 83 38 34 50

  • Iris Rutz-Rudel - vigneronne

Lisson

34390 Olargues

Va,boule de mousse. Va, là où nous ne pourrons aller.

Va,boule de mousse. Va, là où nous ne pourrons aller.

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