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Buveur de poèmes, le blog de Franck Kukuc

No focus

12 Juin 2015 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #Coeur fidèle

"No focus". Photo : Ralph Eugène Meatyard.

"No focus". Photo : Ralph Eugène Meatyard.

Cher Coeur fidèle,

La pluie tombe. D'où je vis, je vois...

Toute ton énergie, tu dois la contenir. Impossible d'intervenir. Tu imagine tes vignes contaminées avec le déluge d'hier soir. Si tu pouvais passer entre les gouttes pendant les deux jours qui viennent... Les nuages couvrent ce matin encore ta mer de vigne. Voile, ton regard se voile. Tu es un marin qui doit tenir bon la barre. Pas un morceau de musique qui puisse te changer l’humeur. Pas un… Ancrés à tes passés. Les musiques qui sont autant de prénoms, de visages amis ou aimés ne peuvent soulager ta mâchoire. Serrer les dents te fait mal. Ta rage de paysan fait monter la buée sur la fenêtre qui te sépare de ta source. Source de revenus.

Le ciel se déchire, les bras sont ballants. Toute mon énergie, je veux l’écrire. Impossible de la contenir. J’imagine ton chez toi. Je ne peux écrire autrement qu’en me dévoilant. Interpeller les sentiments enfouis ou à fleur de peau du lecteur. Voile, l’orage me dévoile.

On aurait pu faire encore un peu de bruit ensemble, mon ami. Parler local, artisan producteur qui fait vivre sa famille de son travail et respecte la nature. On aurait pu se mettre à dos "ces" voisins qui habillent leur vins d’une robe marketing qui fait vendre, le bio ou la belle architecture qui en "jette" en pleine nature… Parler de ceux qui utilisent un cheval, des abeilles, des fleurs mais qui n’aiment pas… N’aiment pas comme nous une vie proche de la nature.

La grêle crible. L’idée du cheval dans les vignes est effacée par les éclairs. Je rêve de ta nature, j’idéalise mais je n’y suis pas. Les murs de la maison que je loue sont chauds, neufs, sains. La façade de ton château brille sous la pluie mais tes pièces sont froides, trop grandes. L'humidité, tu pourrais la sentir de l'intérieur si ça se trouve. Mes ongles ne sont pas abîmés. Tes mains, oui ! Elles me font rêver car elles te racontent. Je n'ai jamais cherché à savoir, avant ce jour, si tu en voulais d'autres.

ça claque contre la vitre, le sol crépite. Au fond, je t'idéalise égoïstement. Tu m'as écrit un jour que j'aimais les hommes et la vigne plus que le vin. Je ne sais pas maintenant.

Il y a des caniveaux débordés chez moi. Des rigoles qui se forment chez toi. Quoiqu'il en soit, avant tout, tes mains feront vendre ton paysage, ta philosophie de vie proche de la nature. Il faut juste que le vent, l’eau, la grêle, la chaleur moite oublient ta région.

Je regarde une carte météo. Tu regardes tes feuilles, tes grappes, tes bois (rafles)... Tout peut y passer.

Je retiens mon souffle. Tu cherche ton air.

Je prend une douche afin de me rafraîchir. Tu as froid, tes peurs te glacent.

No focus. Tout se brouille un peu plus.

Gouttes après gouttes, c’est un rideau maintenant. Chacun d’un côté. Ta terre contre ma ville. Ta volonté d’intimité, ton humilité face à mon envie de tout dire, de tout savoir et comprendre de toi.

Un jour, tu m’a appelé « Mon frère d’encre ».

Un jour, je t’ai appelé « Cœur fidèle ».

Tu viens de me demander d’arrêter de rendre publique notre correspondance.

Il ne pleut plus, les nuages n'ont plus rien à dire.

Je te laisse à ta vigne, à celle, ceux qui t’accompagnent tout près.

Nous partagerons autrement.

Je ne suis pas triste, ton vin m’écrira ta vie et ton courage.

Bien à Vous,

Cœur Fidèle et tous ceux qui ont été touchés ou le seront durant ce millésime.

Franck, buveur de vos poèmes.

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