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Buveur de poèmes, le blog de Franck Kukuc
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Qui pourrait résister à une gorgée de "cuisse de nymphe émue", d'"incarnadin", de "capucine" ou de "nacarat" ?

30 Janvier 2019 , Rédigé par Buveur de poèmes

Qui pourrait résister à une gorgée de "cuisse de nymphe émue", d'"incarnadin", de "capucine" ou de "nacarat" ?

Nous sommes entrés dans cette cave où se jaugeaient les roses. Ça allait du gommage voire de l'absence au rustre mal dégrossi. Première impression due à mes jugements hâtifs et sans savoir. En y regardant de plus près, en constatant la provenance, j'ai regretté de manquer de vocabulaire pour qualifier les teintes et leur saturation. On nous assène de "piscine", de "pamplemousse", "framboise", "groseille" et là rien ne me donne envie de m'attarder. Au contraire, posséder quelques variantes poétiques et néanmoins existantes ajoute à l'envie de "décrypter" la robe, mieux de "déshabiller" l'histoire de la bouteille rosée.

Qui pourrait résister à une gorgée de "cuisse de nymphe émue", d'"incarnadin", de "capucine" ou de "nacarat" ?

Le vin devenu palette de vignes, le vigneron se révèle un artiste peintre, un passeur de lumières. Je vous souhaite d'avoir sous les yeux un "Rose à l'or" du vigneron conteur Laurent Battist, d'être alors en sa compagnie afin d'entendre sa voix chaude vous conter l'histoire de cet éclat coloré obtenu, à l'époque des maitres du vitrail, par un ajout savant d'or.

 

Dans la cave, les manipulations ou non interventions des faiseurs de rosé je ne les savais pas. Puisque je ne me renseignais pas, voilà ce qui m'est venu sur le bout des neurones avant le bout de la langue.

Là, je voyais une couleur qui aurait grillé, trépassée sous le soleil, comme un souvenir de fleurs, de fruits que l'homme aurait négligé.

Rosé de flore fanée qui sentirait la garrigue pour buveurs et buveuses d'été.

Et puis au détour d'une des bouteilles, une nuance différente a présagé l'invitation aux copains autour d'un lapin craquant, séducteur avec ses senteurs d'origan. La terrasse, la tonnelle, les vignes pas loin... A se l'imaginer, en après-midi, joyeux et repus, il n'y aurait qu'une issue : S'allonger plus tard, le sourire au coin des lèvres, regarder le dernier verre se réchauffer et la bouteille pleurer d'être vide.

Être ivre alors qu'on pensait boire moins d'alcool. Juste parce que c'était moins coloré.

J'ai avancé dans cette multitude de nuances et m'est apparu Tavel... Un peu de saumon, de nacre. J'ai eu envie de voyages à épices, de tandoori, de voiles soulignant la mer, de saris soulignant les ports altiers des femmes de là-bas. Le rire des enfants venant de croquer dans les abricots, un jour d'été.

 

Soudain c'est venu se cogner sur le comptoir, entre rêves et réalité. Mon Elle s'impatientant avait choisi pour nous. Elle était allée plus au sud de la France, vers un certain moulin et une histoire de curé chers à Alphonse Daudet. Elle, ses yeux pétillaient d'avoir trouvé avant.

Le caviste a pris notre bouteille. C'était lumineux comme un tannat, un côt dont les peaux auraient macéré longtemps.  Surtout pas de pressée hâtive.

Ma préférence est toujours allé au vins de saignée, rosé d'une nuit. C'est tellement beau ces deux expressions, gourmandes comme une grenadine, vivantes et semblables à un souvenir de baisers volés, d'enfance aux genoux écorchés par les ronces, de mures, de fraises mara des bois à portée de mains.

Tâchées les mains, renforcée l'impression d'une capture d'instant !

A la limite serait tolérées la groseille ou le cassis exposés sur les étals de marchés, toujours mieux que les mêmes baies sans saveurs de l'hypermarché.

Non, dans le cas présent, la prise ne peut se faire avec des intermédiaires. Ce sera directement enlevé au paysage, à la nature.

Nous ne sommes surtout pas dans le contrôle des températures, le froid pour faire de la boisson d'été.

 

Etait-ce mourvèdre ou syrah, cinsault ? je ne savais pas encore.  

J'en étais là du vineux rosé choisi. Prêt pour une régalade de soleil liquide, de rayons capturés, d'air cathare bientôt en liberté. Sauvage.

 

"Viens" m'a dit mon Elle.

Sa voix est toujours douce et il y a ce rire qui semble toujours habiter son élocution. Elle est gaie. Vivante, tellement. Ce fut indispensable pour faciliter mon détachement de cette "vinothèque" où j'aurais pu rester des heures.

La quille payée, nous sommes sortis de l'antre du marchand de vins. Comme un gamin, j'ai voulu m'assurer de la possession. J' ai extrait l'achat du sac, dehors, sans les lumières de la boutique, sous le bleu du ciel toulousain.

Bouteille et ville en harmonie, enfin presque, c'était pareil à un ensemble de briques entre ombre et lumière.

 

Je me suis apprêté à disserter.

Elle m'a dit "Viens".

J'ai deviné alors que notre rosé aurait le goût de nos lèvres tout à l'heure.

Il aurait ce goût unique que les autres n'auraient pas.

 

Mon portable a sonné. Sur l'écran s'est affiché "Olivier Mavit".

Quelques mois s'étaient écoulés depuis notre rencontre au salon de Gier où j'avais envisagé entre autres projets de reconversion d'être représentant, agent de vignerons. Envisagé seulement. A l'époque, je vivotais surtout de remplacements de vignerons sur des salons en remplacements de cavistes.

"Salut Franck, j'te dérange pas. Dis moi, aurais-tu des adresses à me donner pour Paris ? On pourrait faire une tournée ensemble ?..."

 

Il y a eu cette première adresse que je lui ai donné, sans convenir d'une quelconque rémunération. On en parlerait seulement si ça marchait.

"Va voir Sophie près du marché d'Aligre. Elle aime les vins qui lui rappelle les soleils de son enfance. Je t'envoie son numéro. Appelle et dis-lui que tu viens de ma part". 

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Des battements par minute

4 Décembre 2018 , Rédigé par Buveur de poèmes

Une fois encore, c’est une histoire de changement de cap, d’un périple vers une vie meilleure, où tout ce qu’on a fait et tout ce qu’on fera est et sera d’être pleinement en accord avec son for intérieur. Plus de barrières, une seule ligne de mire : la recherche constante d’émotions, de virées épiques entre nature et humanité.

Il faut imaginer que ce que je vais vous conter (c’est la période des histoires, des contes qui si la fin n’est pas belle nous enseignent au moins quelque chose) a sa bande son, en plus des images, des mots que je vais vous confier.

Il y a mon anniversaire. Un peu avant la fête surprise que mon Elle a programmé, je discute en voiture avec mon fils. Ce que vous saurez ici c’est qu’il apprend l’alto depuis 4 ans et qu’il est fan de Bpm (le beat/battement par minute), la musique électro.  Comme tout bon papa, je partage, discute de mon choix et suis à l’écoute des siens. Là, je lui fais écouter la source de mes récentes émotions musicales avec le duo « The Blaze » et le morceaux « She » de leur album « Danhehall ». On parle importance de l’écho, de la voix trafiquée mais très humaine, ça semble venir du tréfonds. On tend l’oreille vers la mélodie, la rythmique très physique aux boucles répétitives. Quelques heures plus tard, je bois le présent de mon ami Bertrand Denizot de la cave-restaurant L’Accord Parfait à Lavaur (81). C’est « Sur le Zinc » de Chloé Barthet et Frédéric Almazor.  Du Faugères  de potes, de clin d’yeux complices !

Quelques semaines passeront. Et un samedi soir, je rencontre Chloé en fin du salon qu’a organisé Bertrand pour notamment fêter les 5 ans de sa cave. Elle est en pause, pas moi. Sa gamme, son sourire qui  croque la vie, puis tout à coup dans le verre le vin « Côte à côte ». Un bouchon sur la table, dessiné dessus deux silhouettes qui semble vous saluer, les  pieds ancrés dans la colline.  Je n’ai jamais ressenti le phénomène de synesthésie, soit un bouleversement des perceptions sensorielles, un trouble, disent certains, où les sens s’associent. Par exemple une lettre, un mot seront ressentis comme une couleur, une forme. Moi je n’en « souffre » pas,  j’emploie simplement la synesthésie en figure de style comme, pour ne citer qu’eux, Rimbaud et Baudelaire.

« Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,  Doux comme les hautbois, verts comme les prairies »

Syrah, mourvèdre, grenache, carignan, avalés, à l’intérieur, et revient alors le tempo de The Blaze… Une rythmique qui  va crescendo comme le choix d’une vie quand il est bon. Janvier 2016, Richard et Victor, deux coopérateurs (l’un des deux ne voudra jamais revenir sur ces terres qu’il aimait tant) se séparent de leur terre et passent le relais à Chloé et Fred.  Côte à côte, entre les collines, entre Sol y sombra, elles et il désirent. Sur cet ilot enchâssé de schiste, entouré de bois, un couple, une petite fille à venir. Qui des deux du couple a embrasé l’espérance de meilleur pour une vie de vignes ? Il y eut l’humanitaire au Mali seule, l’entreprise entre pétrole et gaz pour le rencontrer, et en duo l’envie de vie, de vins. Une envie née puis entretenue depuis un loft de Notting Hill, quartier de Londres où Chloé travaillait pour un importateur de vins. Fred continue dans la partie direction financière. Puis c’est la lecture du livre de Catherine Bernard, une femme qui raconte son changement de vie de ville en vignes. Ça inspire, donne le souffle nécessaire. Si un jour ils ont jeté les angoisses urbaines par la fenêtre c’est  pour rester debout. Ils ont fait table rase pour un futur qui se finira sur le zinc. A se régaler la Vie jusqu’à satiété et perte de vue.

Ah ça, ils en ont caressé des côtes ! Du Rhône jusqu’à celles de leur terre de Faugères. Ici, entre schistes bleus et gréseux, la succulence des épices, de la garrigue, pas forcément l’exubérance du cassis, de la groseille, fraise comme d’autres mais une sacrée fraîcheur à ciseler sur 5 hectares déjà bio. Une partition à jouer entre nadir et zénith, la course du soleil pour repère, leurs gestes en adéquation avec les saisons.

Le WSET niveau 4, la formation BPREA à Aix, les apprentissages chez les  domaines de Belhambrée à Puyricard et Gourt de Mautens, Jérôme Bressy, Tautavel, tout ça palpite dans les veines de Chloé.

J’ai bu une gorgée de Côte à côte et j’ai vu tout ça (Bon pour les noms, les adresses je les ai obtenues au téléphone  il y a quelques jours). J’ai écouté à nouveau de l’électro en écrivant cette histoire et il m’a semblé apercevoir les silhouettes d’un homme et une femme grimper une colline, celle du levant. Un son de clavier, des tempos comme un essoufflement entre vignes enherbées, un émerveillement, une envie de bouger sa tête de gauche à droite, oui, Oui, se dire j’y suis arrivée et main dans la main, au sommet, regarder l’autre colline en face, celle du couchant où la syrah est plus fraîche, se retourner vers lui, lui Fred, lui dire : A présent, je vais te former. Pour le chai, on verra plus tard et puis sinon... Sinon on demandera à Jérôme Rateau s'il peut nous faire de la place. Sourire, Rire, la main libre sur le ventre.  Sentir l’accord d’Erin à venir. Avenir.

 

 

 

 

 

Merci Eva, Céline Oh Capitaine, mon Capitaine, Philippe de m'avoir inciter à écrire un jour.

Une tuerie, un vin de Serrals Killers
Une tuerie, un vin de Serrals Killers

Une tuerie, un vin de Serrals Killers

 

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Mavit en l'air

28 Juillet 2018 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #La clef et le tire-bouchon

Mavit en l'air

Début juillet 2018 la grêle s'abat, s'attarde sur Roquefort.

Olivier ne sais pas encore ce qu'il a perdu, ce qu'il va perdre dans les prochains jours. Il n'est plus là, il est entre. Entre "j'ai pas le choix, faut continuer" et "je devais faire une tournée à Paris et ailleurs. Le dernier coup de collier commercial pour remplir les caisses avant les vendanges à venir". Entre croire et ne plus y croire.

Je n'arrive pas à le joindre au téléphone. Je suis inquiet.

Je viens de picoler sa cuvée rosée avec quelques amis voisins comme "en soutien" de mon ami. Nous avons déploré la situation - Si proche des vendanges. Pourquoi il ne pouvait pas y avoir qu'un début mildiou cette année ? Et puis on a ri pour d'autres sujets...

Parce qu'on rit souvent avec les vins d'Olivier.

Evidemment, j'ai eu des pensées pour les autres vignerons, les récoltants d'ailleurs qui ont perdu ou étaient en train de perdre.

Simplement leur nom de famille ne se prêtaient pas aux jeux de mots bienveillants que nous avons avec Olivier.

 

J'écris.

 

"Je te suis, tu es. Je suis, je ne suis pas toi. Je te suis et je te partage.

Ce que tu es, ce que tu es en train de perdre.

De Mavit en rose à Mavit en l'air,

A cause de mildiou, de grêle,

tu es aujourd'hui plus "Mavit et mon couteau".

Toutes ces espérances de vins à venir,

A l'eau, à terre.

Tu voulais remercier tous ceux qui t'ont épaulé, encouragé,

Tu n'as surement pas le temps.

Et pourtant le couer y est, tu me l'as dit.

Tu voulais reprendre les routes,

Pour vendre,

Et tu ne peux pas.

Tu n'as plus le temps,

Et je ne l'ai pas non plus.

Tout de même, je te suis,

Nopus te suivons,

Ici, entre amis et voisins,

Ailleurs, entre tes rencontres et les miennes,

Suivons, suivrons.

 

C'est ça qui est et sera à l'esprit,

Quand une de tes prochaines cuvées, à plusieurs, sera entre nos mains,

Ta Dive,

Prête à vider, à réjouir,

Enverra nos vies en l'air,

En altitude.

 

Là dans le silence de tes journées sans fins,

Avec tes raisins ou ceux des autres pour de futures cuvées,

J'aimerais te dire que "Mavit en l'air" pourrait résumer ton histoire,

Quand tu as arrêté d'être imprimeur,

D'être pour les autres pour être Toi.

Ta nature révélée par de Roquefort des Corbières.

Cela résumerait les angoisses et les catastrophes passées,

Mais aussi cela appellerait les joies futures et le nouveau départ.

 

C'est ce que je te souhaite avec quelques proches rencontrés.

 

A toi et à l'Avenir."

 

Et puis...

Toute ma gratitude à mon Elle qui a eu l'idée de ce titre

 

 

 

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A l'écoute

28 Juillet 2018 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #Poésie

A l'écoute

C'est une histoire américaine,

De sons rock, de souvenirs de goûts découverts en France.

C'est une histoire française "saturée" de couleurs et d'esprit nature.

C'est la Loire qui coule.

Alors il laisse "couler", intervient le moins possible.

C'est un riff de pinot noir, de côt et d'autres cépages comme j'ai rarement bu?

C'est la barrique qui accompagne le vin et qui se fait oublier,

C'est une poignée de main à la pression différente entre le moment où nous avons fait connaissance et notre au-revoir...

Après avoir échangé un peu de nos histoires de vie.

 

A l'écoute, c'est Brendan Tracey

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La bulle du débutant.

9 Décembre 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes

Petites mais lumineuses bulles.Petites mais lumineuses bulles.

Petites mais lumineuses bulles.

Leur porte t'es déjà ouverte. Tu n'auras plus qu'à la pousser. A l'intérieur, ils s'affairent. Tu as sonné à l'interphone une minute ou deux auparavant. Leur confiance en tout fait qu'ils ne seront pas à t'attendre sur le seuil. Et puis, il n'y a pas d'animal domestique prêt à sortir derrière leur dos.
Tu viens de finir l'escalier, l'ascenseur ne marchait pas. Tu t'es arrêté à l'étage d'en dessous pour être présentable et reprendre ton souffle. Tu as toqué ou sonné tout de même. Tu entends "Entrez" et ça vient de la cuisine. Tu sens les petites attentions qui mijotent. Il n'y a pas de musique, leur envie de te retrouver et de faire connaissance avec la personne qui t'accompagne, l'ami(e) ou l'amour d'une de tes vies, suffit.
Je suis sûr que tu as connu ça sinon je te le souhaite. C'est un scénario de citadin, de maisons à plusieurs étages. 
Il y a, également, les amis qui ont une maison où l'entrée touche le sol. Il y a un jardin. La porte est fermée mais leur coeur est déjà en attente.
 
Peu importe l'endroit, le bonjour est le même. On s'accole, les paumes de mains opèrent deux-trois mouvements généreux dans le dos des retrouvés. Les inconnus sont embrassés de suite. Et le tutoiement est imposé gentiment.
On est bien et pourtant tout le monde reste debout dans le salon. Ça guette le canapé, tout ce qui est possible pour se poser mais personne n'ose.
 
C'est le moment que j'aime pour sortir la bulle.Celle-là, ils la décapsuleront et c'est eux qui le feront parce-ce que j'ai choisi, je suis assis. Il y a un de leur ami avec qui j'ai envie de faire connaissance. Dans la cuisine, que j'aperçois du coin de l’œil, je vois que ça vient de partir en moussant sur les mains. Et c'est tout le soleil d'entre Restigné et Ingrandes en Touraine, les  jeux de mots à deux centimes de Stéphane, sa pression de vigneron débutant, une maison bourgueilloise qu'on restaure, des espérances d'après gel... Voilà c'est une invitation à goulotter. C'est fait pour ne pas baisser les bras.C'est la bulle du débutant, le besoin de trésorerie quand on n'a pas assez de production. C'est le regard protecteur du géant Laurent Herlin, celui qui l'a hébergé un temps, le temps de l'apprentissage et de l'enracinement.
Là, nos verres sont remplis et c'est lumineux comme un jus de pastèque. C'est joyeux et vivant, un pet' nat' de Bourgueil solidaire. La bulle caresse les parois du verre, c'est devenu sage. Des fruits rouges d'été, du petit bonbon acidulé nous accostons sur une légère amertume en fin de bouche. Rien n'a gâché la bouche et surtout pas le dosage puisqu'il en est absent. C'est un rosé de pressé à la perlance puissance 10. On en gardera un peu pour le nougat glacé
Ici ça parle, ça rit. Et maintenant c'est ruée vers un couscous d'hiver.
Nous sommes à Toulouse, je goûte ma nouvelle vie. Les bulles frissonnent encore dans ma bouche et avec elles les souvenirs affluent. Je n'ai plus de chagrin ligérien rien que des joies à l'instant. Les yeux voient au-delà et apparaissent le petit huluberlu au grand coeur qui a encadré Laurent, les Xavier Amirault et Courant, les joyeuses "parties" de compost de bouse Maria Thun, les préparats de pissenlits. ça me rappelle Philippe Lamé du domaine des Chesnaies à Bourgueil qui les observe avec bienveillance.
Et puis toi, Stéphane, de Cergy à Bourgueil, en passant par Beaune. Tu te souviens, on s'est rencontrés près d'Ivry-sur-Seine. Je fus ton co-voitureur jusqu'à Villebarou. C'était la veille d'une mise en bouteilles que j'allais faire chez Laurent. Ton domaine n'existait pas encore. C'était bon cette humilité devant une nouvelle vie.
 
Petites bulles, ça m'a dit tout ça,
Et vous, ça vous contera quoi ?
 
Petites bulles (de Cabernet Franc)
Vendangé à la main, 27 hl /ha, parcelle de sables et graviers. Culture biologique sur des vignes de 40 et 50 ans.
Mise en bouteille avec 20g de sucre résiduel, dégorgé sans dosage.

Stéphane Delettre
 - Domaine Delettre - 7, l'épaisse. 37140 Saint Nicolas de Bourgueil
Au Café de la Promenade avec les proches de Stéphane, avec Laurent Herlin. Juin 2016

Au Café de la Promenade avec les proches de Stéphane, avec Laurent Herlin. Juin 2016

L'avenir est entre nos mains. Toujours. (Graphisme : Valérie Herlin)

L'avenir est entre nos mains. Toujours. (Graphisme : Valérie Herlin)

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Ta main pour prononcer

20 Août 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #La clef et le tire-bouchon

Ta main pour prononcer

« Donne-moi ta main » voilà ce qu’il aurait pu entendre. Mais bizarrement l’ouïe et les autres sens n’étaient pas à son service. Ils étaient restés dans la voiture qui l’avait conduit jusqu’à son héritage. A l’esprit, des chiffres de surface, des noms de parcelles. Tout était là mais comme caché, illisible. Il ne sentait pas ; inspirait, expirait c’est tout. Le vent soufflait mais ne le caressait pas. Les cabanettes, la combe gasparet, Courejou, St Martin… C’étaient des noms, des syllabes sans images, ni parfums. Les premières fois, il aurait du mal à se retrouver. Tout se ressemblerait tant qu’il ne se trouverait pas. Oh bien entendu, il décelait déjà les lignes de partage des différents modes de culture de la vigne. Pourtant, ça semblait vide de sens. Les feuilles avaient des formes différentes. Les brillances de ces dernières, il les traduirait un jour. Le sol, ses pieds s’y attacheraient au bout de quelques millésimes. Un jour, un rang sur deux serait enherbé selon sa volonté avec des légumineuses, des céréales. « Adventice » signifierait quelque chose à comprendre avant d’intervenir. Faire avec. Lutter autrement qu’avec des désherbants chimiques. Transpirer, parler peu. Un jour, il ne serait plus sourd au langage des parcelles de ses aïeux. L’oubli des mots savants pour enfin voir les herbes folles le réjouirait.

Les herbes folles, il les raconterait un moment de grand soleil, comment certaines arrivèrent dans la laine et les entrailles de moutons d’ailleurs. Les moutons, aujourd’hui disparus, il les ferait visualiser à ceux qui viendraient lui rendre visite. Les Corbières d’avant les cyprès, les terres de vignes, les mains d’hommes cultivant les cailloux pour en faire des murets, les semblants fous prêts à acheter des lopins de terre si proches du soleil, si loin des vagues, tout cela il en parlerait.

Et quand il ne pourrait être présent pour prononcer, ce serait bu.

Peut-être ferait-il trop de cuvées au début avec toutes ces histoires passées à mettre en bouteilles ? Surtout qu’il aurait à y ajouter la superbe ou la difficulté du millésime.

Tout était là depuis l’enfance et encore en 2006 – à vaciller devant un prévisionnel à ne rien gagner. Et puis 2013, le divorce et y aller. Parce que la vie ne vous permet de revenir en arrière et qu’un jour à trop attendre il n’y a plus que remords et regrets.

Il lui donna sa main comme on prend un relai de course à pied. Deux hommes d’avant, dans sa famille, avaient couru avant lui. Némorin, le boulanger qui partait dans ces terres si proches du soleil, si loin des vagues pour capturer les herbes qui aromatisaient ses pains. Némorin, « l’Homme des bois » donnait sa main à travers elle. Joseph, l’autre aïeul, celui qui avait repris les vignes quand Némorin était parti à la guerre et n’en était jamais revenu, donnait son passé à travers elle.

« Je vais continuer, reprendre là où ils ont arrêté, s’était dit Olivier. »

Avec elle, même du bout des doigts, c’était s’offrir un début, toujours avec soi. Avec elle, il s’ouvrirait au monde. Aux autres les murs, à lui les portes qui s’ouvrent.

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Chanter pour donner des couleurs aux nuits blanches

5 Août 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #La clef et le tire-bouchon

Chanter pour donner des couleurs aux nuits blanches

Je me suis rendu compte que j'avais retenu mon cri. Pour ne pas le réveiller. Demain la nuit serait d'une autre couleur. Demain, je ne ferai pas ce cauchemar qui revient régulièrement depuis plus de quarante ans... 
Demain, ce sera le repas entre vignerons, exposants. Il va me falloir la meilleure table, celle où l'on rit, chante. On commencera par partager les soucis du millésime, entre matériels et météo, les doutes. Les doutes, les tiens et ceux de tes amours. 
Se partager le résultat à coup de magnums. Ouep, c'est dur mais comme on est fiers de montrer ce qu'on peut mettre dans nos bouteilles ! 
Ils baisseront la garde, voudront "déconner". 
Et là, il y aura bien une sono ou des enceintes portatives. Ceux qui voudront se regrouperont. 
Chanter, chanter, juste ou faux mais fort pour donner des couleurs aux nuits blanches...


Nous sommes en Mars, un matin à St Paul-en-Jarez. Les contreforts des monts du Lyonnais daignent laisser passer un dernier semblant d'hiver. Le ciel mouille les fenêtres de La Barollière, l'hôtel où nous sommes avec Manu, mon compagnon de chambre, mon vigneron à défendre. Il va faire beau, c'est juste une de ces rosées d'altitude. L'envie de rencontres avec d'autres orfèvres de la vigne et des clients durant les deux prochains jours pousse à quitter nos lits. C'est avant la sonnerie du réveil qui se fera quelques minutes plus tard.

La douche me rince des dernières traces de cauchemar. "Allez Manu, en piste pour le 1er Gier Vin". Manu da Silva, vigneron en devenir du domaine Cami des Songes. Cami des Songes, Cami ou le chemin de rêves à exaucer. Tout près de Calce en région Roussillon. Calce, l'un de mes derniers eldorados viniques. 

Manu n'est pas bavard mais il voulait faire un salon pour qu'ailleurs ses vins existent. Il m'a sollicité. J'ai quelques adresses de cavistes, deux-trois restaurateurs et puis ce salon près de St Etienne. Il y a quelques mois, le passionné Florian Reynaud avec qui je correspond régulièrement m'annonçait qu'il participait avec le Rotary club de St Etienne - Vallée du Gier à la création d'un salon entre vins et saveurs de terroirs. "Et j'ai réussi à faire venir Périco Légasse, il sera le parrain" Florian avait tout fait pour que cette première session marque les esprits, tout du moins au niveau régional.
J'aime bien les écrits de Périco Légasse quand il défend le terroir qu'on boit, qu'on mange. Il faudra qu'il goûte le blanc de Manu. S'il oublie notre stand, je lui courrais après. Et pourquoi pas ? Peut-être aurons-nous un article dans le magazine Marianne ?

Au petit déjeuner, Manu a encore mal aux dents. Il y a peu, il s'est fait enlever la sagesse comme je m'amuse à lui dire. Il est calme, j'aimerais qu'il le soit moins. Ce soir, peut-être ? L'agitation est dans ses tripes. Les mots, il me les a laissé depuis le début de notre collaboration. Ses vins, selon lui, sont simples "Ou c'est bon ou ça ne l'est pas". "Est-ce qu'on demande à un boulanger comment il fait son pain ? On l'achète et si ensuite on ne l'apprécie pas on va ailleurs". En fait durant ces deux jours, nous découvrirons que nous sommes tout sauf simples. 

Manu est réservé. Alors que moi, entre tartines beurrées et cafés pour jouir du jour, j'embrasse. Quel plaisir de vous retrouver, mes amies. Patricia Bettoni du Domaine les Eminades en St Chinian, Laurence Escavi du Clos des Calades entre Nimes et Calvisson. C'est vers elles que je vais en premier. Elles sont mes cascades de rires avec Véronique Attard du Mas Coris en appellation Cabrières, ma miss Bidouille, mon amie de parenthèse. Des rires, c'est ce dont j'ai besoin, ça va de pair avec le soleil. Après, il y a les hommes avec qui j'apprends. Il y a surtout Luc Bettoni qui peut parler pendant des heures. Il a ces yeux qui content pour lui la beauté des paysages où il fait ses vins. Quand tu es face à ses regards, tu as juste envie d'écouter. Alors, le temps ne veut rien dire. C'est juste le lieu où tu converses avec lui qui devient insupportable.Tout parait froid, trop de murs toujours. La première fois où cela m'a happé réellement c'était à Toulouse. Avec Luc, tu voudrais sentir l'haleine de ces monts, de son pays.

Au salon, on s'installe. L'organisation a placé Cami des Songes à côté de la charmante Laurence Escavi. Elle est sous un panneau trop beau. On peut lire qu'elle est vigneronne en Languedoc. Et nous avec Manu, nous avons un domaine en Roussillon. C'est bizarre, on sent dès cette constatation qu'il va falloir batailler avec les visiteurs. Languedoc, Languedoc-Roussillon ça parle aux gens, ça les fait imaginer ! Mais Roussillon... à moins d'être un passionné, un chercheur de perles bacchiques c'est connoté "coopé", cépages pour renforcer. Le petit moulin des pensées négatives tourne, c'est peut-être nous qui nous concoctons un bad trip. Allez non, le goût avant la géographie ! Confiance !
Laurence a remarqué les doutes. Elle boit Cami, ils discutent. Laurence, je l'ai rencontré quelques mois auparavant à Paris. Il lui fallait être partout, c'était son premier millésime. Il fallait que ça passe coûte que coûte, le vin avant tout. Avant elle. A tel point qu'elle semblait vouloir s'effacer derrière le Clos des Calades, un domaine bien connu avant elle. C'était l'oeuvre de Jean-Paul Cases, son père spirituel qu'elle reprenait. Reprise à sa manière. Sur les réseaux sociaux, elle s'était surnommée elle-même "Laurence Clos des Calades".
Nom de code, nom d'une guerre engagée. Voilà comment je la percevais. Une warrior.  
Juger sans savoir ? C'est tellement pratique les cases, ça fait se poser moins de questions. Deux jours et une nuit de rires, de chansons peuvent changer un avis. Me faire regretter de l'avoir cataloguer. Laurence est toutes celles et ceux qui veulent vivre leur rêve, engageant plus qu'eux-mêmes. Ils, elles aiment autant que vous. 
Aussi faire une tournée, un salon et être toujours, même dans ces moments là, mère de famille... Les enfants loin, trop souvent confiés... ça donne du mordant à nos actions.

La journée s'est déroulée. Il y a eu du monde. Un peu chez nous, suffisamment pour se dire qu'on a bien fait de venir, pour croire que demain sera mieux. Pas assez par rapport à ces stands qui... Qui font quoi de mieux ou qui sont de quelle région pour que les acheteurs soient à moitié conquis sans déguster ? 


C'est maintenant l'heure du repas de vignerons. Avant d'entrer dans la salle prévue à cet effet, on téléphone à ceux qu'on aime. Certains prennent l'air de la vallée. D'autres fument. Nous sommes remontés à La Barollière. On devine un paysage qui dépasse le regard, une portion de la vallée du Gier, la ville de L'Horme, le salon tout en bas. Les fenêtres allumées des habitations soulignent les contours de tout cela. Un paysage dans la nuit, des pointillés lumineux.

Bref...
Jean-Phi est absent. Calce, Jean-Phi Padié. Mon premier salon à Olne en Belgique. En 2012, si je me rappelle bien. Ma première soirée avec des vignerons incroyables de générosité : Bruno et Isabelle Perraud de Vaux-Renard, Matthieu Barret en Cornas notamment, Grégoire Rousseau en Bergerac, Julien Guillot le trublion du Clos des Vignes du Mayne... C'est là que mon estime pour eux, les faiseurs, a vraiment commencé. Les voir rire pour supporter, oublier les journées "sans". Les observer, curieux des méthodes des autres. Envieux sans méchanceté, rassurés de faire si bon parfois, satisfaits quand ce sont les collègues qui le disent. 
Jean-Phi n'est pas là pour parler de son "ragoût de terroirs". Ce soir, c'est avec lui qu'on aurait pu partager...  A son stand, pour la durée de Gier Vin, deux jeunes femmes rock'n souriantes l'ont remplacé. Mouais, même pas le rosé au nom imprononçable sur la table ce soir.
Les deux exposantes sont à la table des déconneurs. Évidemment, là où il y a de la vie, je m'y greffe. Là où il y a les Bettoni, devrais-je dire ! Que je les aime eux deux. Gentiment, on se resserre et j'ai une place là où il n'y en avait plus. Manu a trouvé aussi sa chaise, à la même table, à discuter avec le mari de Laurence Escavi. 
Ça goûte, ça parle, ça picole, ça rigole. Elles sont décidément sympas, les deux ambassadrices de Padié. J'aime bien le sourire doux de l'une d'elles. Elle se marre et puis il y a le magnum de Gilbratar. Et bing dans mes papilles, et ça me souffle une énième poésie, le slam d'Abd-Al-Malik. J'ai envie de chanter et de partager les rires. On chante puis je chante solo Sanson et ça s'marre. C'est facile pour moi, j'accentue ma voix nasillarde. La voix que je n'aime pas, celle qui trahit mes émotions mais en même temps celle qui capte quand elle se pose plus grave, apaisée.

"Aller de ville en ville 
Ça je l'ai bien connu 
Je mène ma vie 
Comme un radeau perdu
Les gens de la nuit sont toujours là quand il faut
Ils vous accueillent avec des rires et des bravos
Les vapeurs d'alcool
Ça je les connais bien
Les cheveux qui collent
Au front des musiciens
Et c'est difficile
Le choix d'une vie
Je rêve de choses dont j'ai réellement envie..."

C'est étrange mais jamais un hasard, ces chansons aux paroles qui résonnent. Alors je chante encore plus fort. Et un petit groupe m'accompagne. Demain, on y repensera. On se fera des sourires avec ceux qui ont observé, moins joueurs, moins à se lâcher. On se croisera, on se jaugera les vins de Calce, mes caillasses. On prendra le soleil de temps en temps avec Loreleï et elle. 


Le soir du deuxième jour, on se dit à bientôt avec la lumineuse au sourire doux. Je lui demande son tel. Oh la, oh la ! J'enchaîne vite, je viendrais avec mon Amour. C'est juste que je ne voudrais pas la rater si je passe à Calce. Et puis, à son tour elle me parle de son ami. Elle me dit qu'il me connait... enfin mes mots. Elle me dit qu'il s'appelle William Iglesia. Je m'exclame que le monde est petit. Et juste pour ça, pour ces hasards, ces rencontres destinées, je suis heureux.
 Elle, c'est Marianna et lui William. C'est bien et c'est TOUT.


Tout ? Non, pas encore ! Comme à chaque fois, la fin d'un salon se signe sur le parking. ça court, ça remballe. On s'échange les vins, entre personnes qui se sont accrochés les atomes. J'espère ne rien avoir oublié dans la salle. Parce que c'est triste un endroit presque vide, auparavant vibrant de partages de vies, de séductions. C'est le moment des manques. Les clins d'yeux non transformés avec les vignerons qui réhabilitent les vins de la vallée du Gier. Guy Bonnand, promis je te découvrirai ailleurs. Rémi Samouillé, tu me feras découvrir le domaine qui t'a adopté... via ta sensibilité poétique. Manque, regret aussi de ne pas avoir développé la prise de contact avec Olivier Mavit, vigneron chauve aux sourcils épais et noir de jais. En voilà un qui a des étiquettes aux titres évocateurs de joyeuses promesses et d'autres aux noms énigmatiques. En voilà un qui est plus proche quand il parle de ses énigmes que de ses étiquettes fantaisies. J'ai son nom, son numéro de téléphone, une plaquette qui présente son histoire, son lieu, ses vins. J'ai les fragrances et saveurs de son mourvèdre rosé en mémoire. J'ai cette étiquette comme un signe : "Mavit en rose".

En paix avec l'immobile car il me semble que tout ce dont je m'éloigne ne bougera plus. Sur la route qui mène à Paris, ma prochaine nuit sera lumineuse. J'ai failli raté Olivier Mavit. Heureusement failli.

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Un homme qui n'a pas vécu la nuit ne peut pas savoir

1 Août 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #La clef et le tire-bouchon

Se rencontrer dans l'immensité.

Se rencontrer dans l'immensité.

Avant la clef, il y a eu les nuits. 

Les nuits longues où le lever du jour n'apaise pas le coeur. Où la solution est derrière la porte de nos obligations, de nos devoirs envers nos parents, les moitiés qui partagent notre vie, le couple, les enfants. Oui, jusqu'à cette clef que nous décidons de saisir, nous partageons notre vie et beaucoup d'entre nous ne vivons pas entier, pour nous-même.

La nuit est douce pour celles et ceux qui dorment, pour les autres qui font briller les villes, ailleurs les cieux de joies, d'oubli de soi jusqu'au petit matin. Pour les autres, c'est l'attente, les idées en cascades, ça coule et jamais ça ne s'arrête. On fait plaisir, on n'inquiète pas. Absent de son propre destin jusqu'à cette nuit.

La nuit où il a pris cette clef, grande et pesante de souvenirs. Grande surtout dans la main de ses aieux quand il était petit. Pas dans la paume de papa, loin de tout ça. Clef pesante de toutes les mains qui l'avaient tournée dans la serrure de cette porte qui abritait l'histoire de deux arrières grands-pères. Des hommes proches de la terre, de celle-là qui se marie aux vents marins, de celle qui accueillait autrefois des bergers et leurs moutons. Un terre sans cyprès, plus aride. Il y a longtemps, il y avait eu le vin de la famille derrière ces murs épais de pierres. Il y a quelques années, c'était seulement du jus pour la coopérative. Sans sens, sans personnalité, amené à se diluer. La masse et puis c'est tout.

Ne plus être dilué, exister. Le vin, l'homme. L'homme, le vin.

Jusqu'à cette nuit où il s'est couché dans la poussière des passés, la phrase n'avait pas eu encore tout son sens. L'ancien métier ne mettrait plus de bâtons dans le roues. Fini l'imprimerie. Oh oui, se faire plaisir comme au temps de l'enfance, des petits boulots d'ados, employé volontaire des champs.

"Un homme qui n'a pas vécu la nuit n'est pas un homme..."

Les nuits seraient bientôt courtes. Là, dans son pays choisi, il fallait vendanger tôt.

 

 

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Pour pouvoir vivre sa liberté sur une terre de libertés

29 Juillet 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #La clef et le tire-bouchon

Pour pouvoir vivre sa liberté sur une terre de libertés

"- Buveur de poèmes : Et toi, tu es en conversion bio ? Nature ? Combien de sulfites ?

- Olivier Mavit : Je suis en conversion et libre.

- Buveur de poèmes : Libre ? Tu veux dire... Vin libre ? Mouais... Nature en fait.

- Olivier Mavit : Non, LIBRE. Mes vins et moi.
Mes vins parce qu'ils ne sont pas standards, qu'ils peuvent évoluer vers le meilleur d'eux-même comme...

- Buveur de poèmes : Comme toi. Comme ces gens qui prennent leur destin en mains quand ils en ont le choix"

Mon regard s'est alors posé sur cette clef. Cette clef qui, comme je l'ai appris plus tard, accompagne Olivier depuis l'enfance.

 

Pour pouvoir vivre sa liberté sur une terre de libertés... Le soir, à la nuit bien tombée, à la suite d'une joute de verres amicalement croisés avec des amis, je replongeais dans les écrits de Giono.

Pour pouvoir vivre sa liberté sur une terre de libertés
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Antoine et le rouge rare de vieilles vignes

26 Janvier 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #Mots et vins d'avant

Peinture d'E.Dazelle

Peinture d'E.Dazelle

A lier des inconnus entre eux par la magie d'un verre tendu,

D'entre tous,
Il y eut, lui, qui poussa la porte, discrètement.

Avançant à petits pas, il dit
"Bonjour je suis Antoine"
Les rires fusèrent de surprise, 
Tandis que les regards s'illuminaient davantage.
La méchanceté n'avait pas trouvé place.
Non ! La présentation d'Antoine nous avait juste rappelé ces scènes de réunions d'alcooliques anonymes.
Nous, nous n'attendions qu'un énième hédoniste.
Lui, ne voulait pas déranger.
Il eut son verre de rouge rare de vieilles vignes.

Ce vin fit parler l'un des participants de son métier d'acteur.
Je lui avouais que depuis des mois je l'avais reconnu,
Et lui signifiais, ce soir, que l'important, ici, était le plaisir d'un moment de partage.

Cela dura encore.
J'aurais voulu que tout l'amour et la joie s'invitent là.

Et puis les uns après les autres, ils repartirent vers leurs habitudes.

Deux restèrent, 
Véronique, Antoine.

Véronique à l'origine de ce moment,
Véronique brûlante de bonne humeur, 
Venue de Montréal faire escale dans cette petite cave à vins de France.
Venue découvrir ce qu'elle n'avait que lu :
Le rouge rare de vieilles vignes.

Antoine, si tendre dans ses propos,
Qui ne pût acheter en plus de ses bulles prévues que le rouge rare de vieilles vignes,
Si bien goûté car entouré de vies.

Antoine, venu chercher un peu de réconfort qu'il trouve à chacun de nos partages,
Antoine,
Cette confession..

Et la lumière dans mes yeux,
Et la lumière dans mon être,
Un merci du bout de lèvres tremblantes.

Buveur de poèmes 
Janvier 2016.

 

Janvier 2017

Et depuis...

J'ai découvert qu'Antoine était artiste peintre, qu'il m'achetait beaucoup de bouteilles pour "s'inspirer" (il a peint une série de tableau sur l'ivresse). Il a une poésie dans le regard qui court souvent jusqu'au bout de ses doigts. Il est bienveillant (en tous cas avec moi). On peut le retrouver parfois à L'Atelier d'Hauteville - 74 rue d'Hauteville, Paris 10e. La galerie vient de faire quelques travaux et c'est beau avec tous ces lumineux et une lumineuse pensionnaires.

Véronique, elle, est à Montréal. Elle anime les bouteilles de vins pour lesquelles elle a eu un coup de coeur. J'ai entendu dire qu'elle se lançait dans la permaculture. Elle semble, entre mille projets, avoir la ferme intention de faire de la vigne entre "plein béton" (Tout du moins sur les toits pour être au plus près du bleu du ciel) et "sol de neige". Elle a la poésie dynamique. Elle reviendra en France en Avril, cette fois-ci chez Pierre.

 

Pierre, Pierre Bernault vigneron

Château Beauséjour - 7 Arrialh. Montagne, Aquitaine. (Plus proche du ciel que de St Emilion)

 A toi, qui m'a donné ma chance chez De Vigne en Ville en me proposant des facilités commerciales pour avoir tes vins, 

Toi qui m'a permis de fidéliser une clientèle avec "La Petite robe poivrée", qui a favorisé mes premiers pas de "bateleur" sous le soleil de Toulouse, Gragnague (Big up à ma "collègueuh" Evelyne et son accueillant, fantastique boucher Serge Galop), de Lavaur chez mon ami Bertrand Denizot de L'Accord Parfait (La cave-restaurant de Lavaur et des nombreux kilomètres alentour !)

Un seul mot qui pourrait sembler banal à la lecture mais dont tu connais l'intensité quand nous échangeons au téléphone :

Merci.

 

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