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Buveur de poèmes, le blog de Franck Kukuc

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Ta main pour prononcer

20 Août 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #La clef et le tire-bouchon

Ta main pour prononcer

« Donne-moi ta main » voilà ce qu’il aurait pu entendre. Mais bizarrement l’ouïe et les autres sens n’étaient pas à son service. Ils étaient restés dans la voiture qui l’avait conduit jusqu’à son héritage. A l’esprit, des chiffres de surface, des noms de parcelles. Tout était là mais comme caché, illisible. Il ne sentait pas ; inspirait, expirait c’est tout. Le vent soufflait mais ne le caressait pas. Les cabanettes, la combe gasparet, Courejou, St Martin… C’étaient des noms, des syllabes sans images, ni parfums. Les premières fois, il aurait du mal à se retrouver. Tout se ressemblerait tant qu’il ne se trouverait pas. Oh bien entendu, il décelait déjà les lignes de partage des différents modes de culture de la vigne. Pourtant, ça semblait vide de sens. Les feuilles avaient des formes différentes. Les brillances de ces dernières, il les traduirait un jour. Le sol, ses pieds s’y attacheraient au bout de quelques millésimes. Un jour, un rang sur deux serait enherbé selon sa volonté avec des légumineuses, des céréales. « Adventice » signifierait quelque chose à comprendre avant d’intervenir. Faire avec. Lutter autrement qu’avec des désherbants chimiques. Transpirer, parler peu. Un jour, il ne serait plus sourd au langage des parcelles de ses aïeux. L’oubli des mots savants pour enfin voir les herbes folles le réjouirait.

Les herbes folles, il les raconterait un moment de grand soleil, comment certaines arrivèrent dans la laine et les entrailles de moutons d’ailleurs. Les moutons, aujourd’hui disparus, il les ferait visualiser à ceux qui viendraient lui rendre visite. Les Corbières d’avant les cyprès, les terres de vignes, les mains d’hommes cultivant les cailloux pour en faire des murets, les semblants fous prêts à acheter des lopins de terre si proches du soleil, si loin des vagues, tout cela il en parlerait.

Et quand il ne pourrait être présent pour prononcer, ce serait bu.

Peut-être ferait-il trop de cuvées au début avec toutes ces histoires passées à mettre en bouteilles ? Surtout qu’il aurait à y ajouter la superbe ou la difficulté du millésime.

Tout était là depuis l’enfance et encore en 2006 – à vaciller devant un prévisionnel à ne rien gagner. Et puis 2013, le divorce et y aller. Parce que la vie ne vous permet de revenir en arrière et qu’un jour à trop attendre il n’y a plus que remords et regrets.

Il lui donna sa main comme on prend un relai de course à pied. Deux hommes d’avant, dans sa famille, avaient couru avant lui. Némorin, le boulanger qui partait dans ces terres si proches du soleil, si loin des vagues pour capturer les herbes qui aromatisaient ses pains. Némorin, « l’Homme des bois » donnait sa main à travers elle. Joseph, l’autre aïeul, celui qui avait repris les vignes quand Némorin était parti à la guerre et n’en était jamais revenu, donnait son passé à travers elle.

« Je vais continuer, reprendre là où ils ont arrêté, s’était dit Olivier. »

Avec elle, même du bout des doigts, c’était s’offrir un début, toujours avec soi. Avec elle, il s’ouvrirait au monde. Aux autres les murs, à lui les portes qui s’ouvrent.

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Chanter pour donner des couleurs aux nuits blanches

5 Août 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #La clef et le tire-bouchon

Chanter pour donner des couleurs aux nuits blanches

Je me suis rendu compte que j'avais retenu mon cri. Pour ne pas le réveiller. Demain la nuit serait d'une autre couleur. Demain, je ne ferai pas ce cauchemar qui revient régulièrement depuis plus de quarante ans... 
Demain, ce sera le repas entre vignerons, exposants. Il va me falloir la meilleure table, celle où l'on rit, chante. On commencera par partager les soucis du millésime, entre matériels et météo, les doutes. Les doutes, les tiens et ceux de tes amours. 
Se partager le résultat à coup de magnums. Ouep, c'est dur mais comme on est fiers de montrer ce qu'on peut mettre dans nos bouteilles ! 
Ils baisseront la garde, voudront "déconner". 
Et là, il y aura bien une sono ou des enceintes portatives. Ceux qui voudront se regrouperont. 
Chanter, chanter, juste ou faux mais fort pour donner des couleurs aux nuits blanches...


Nous sommes en Mars, un matin à St Paul-en-Jarez. Les contreforts des monts du Lyonnais daignent laisser passer un dernier semblant d'hiver. Le ciel mouille les fenêtres de La Barollière, l'hôtel où nous sommes avec Manu, mon compagnon de chambre, mon vigneron à défendre. Il va faire beau, c'est juste une de ces rosées d'altitude. L'envie de rencontres avec d'autres orfèvres de la vigne et des clients durant les deux prochains jours pousse à quitter nos lits. C'est avant la sonnerie du réveil qui se fera quelques minutes plus tard.

La douche me rince des dernières traces de cauchemar. "Allez Manu, en piste pour le 1er Gier Vin". Manu da Silva, vigneron en devenir du domaine Cami des Songes. Cami des Songes, Cami ou le chemin de rêves à exaucer. Tout près de Calce en région Roussillon. Calce, l'un de mes derniers eldorados viniques. 

Manu n'est pas bavard mais il voulait faire un salon pour qu'ailleurs ses vins existent. Il m'a sollicité. J'ai quelques adresses de cavistes, deux-trois restaurateurs et puis ce salon près de St Etienne. Il y a quelques mois, le passionné Florian Reynaud avec qui je correspond régulièrement m'annonçait qu'il participait avec le Rotary club de St Etienne - Vallée du Gier à la création d'un salon entre vins et saveurs de terroirs. "Et j'ai réussi à faire venir Périco Légasse, il sera le parrain" Florian avait tout fait pour que cette première session marque les esprits, tout du moins au niveau régional.
J'aime bien les écrits de Périco Légasse quand il défend le terroir qu'on boit, qu'on mange. Il faudra qu'il goûte le blanc de Manu. S'il oublie notre stand, je lui courrais après. Et pourquoi pas ? Peut-être aurons-nous un article dans le magazine Marianne ?

Au petit déjeuner, Manu a encore mal aux dents. Il y a peu, il s'est fait enlever la sagesse comme je m'amuse à lui dire. Il est calme, j'aimerais qu'il le soit moins. Ce soir, peut-être ? L'agitation est dans ses tripes. Les mots, il me les a laissé depuis le début de notre collaboration. Ses vins, selon lui, sont simples "Ou c'est bon ou ça ne l'est pas". "Est-ce qu'on demande à un boulanger comment il fait son pain ? On l'achète et si ensuite on ne l'apprécie pas on va ailleurs". En fait durant ces deux jours, nous découvrirons que nous sommes tout sauf simples. 

Manu est réservé. Alors que moi, entre tartines beurrées et cafés pour jouir du jour, j'embrasse. Quel plaisir de vous retrouver, mes amies. Patricia Bettoni du Domaine les Eminades en St Chinian, Laurence Escavi du Clos des Calades entre Nimes et Calvisson. C'est vers elles que je vais en premier. Elles sont mes cascades de rires avec Véronique Attard du Mas Coris en appellation Cabrières, ma miss Bidouille, mon amie de parenthèse. Des rires, c'est ce dont j'ai besoin, ça va de pair avec le soleil. Après, il y a les hommes avec qui j'apprends. Il y a surtout Luc Bettoni qui peut parler pendant des heures. Il a ces yeux qui content pour lui la beauté des paysages où il fait ses vins. Quand tu es face à ses regards, tu as juste envie d'écouter. Alors, le temps ne veut rien dire. C'est juste le lieu où tu converses avec lui qui devient insupportable.Tout parait froid, trop de murs toujours. La première fois où cela m'a happé réellement c'était à Toulouse. Avec Luc, tu voudrais sentir l'haleine de ces monts, de son pays.

Au salon, on s'installe. L'organisation a placé Cami des Songes à côté de la charmante Laurence Escavi. Elle est sous un panneau trop beau. On peut lire qu'elle est vigneronne en Languedoc. Et nous avec Manu, nous avons un domaine en Roussillon. C'est bizarre, on sent dès cette constatation qu'il va falloir batailler avec les visiteurs. Languedoc, Languedoc-Roussillon ça parle aux gens, ça les fait imaginer ! Mais Roussillon... à moins d'être un passionné, un chercheur de perles bacchiques c'est connoté "coopé", cépages pour renforcer. Le petit moulin des pensées négatives tourne, c'est peut-être nous qui nous concoctons un bad trip. Allez non, le goût avant la géographie ! Confiance !
Laurence a remarqué les doutes. Elle boit Cami, ils discutent. Laurence, je l'ai rencontré quelques mois auparavant à Paris. Il lui fallait être partout, c'était son premier millésime. Il fallait que ça passe coûte que coûte, le vin avant tout. Avant elle. A tel point qu'elle semblait vouloir s'effacer derrière le Clos des Calades, un domaine bien connu avant elle. C'était l'oeuvre de Jean-Paul Cases, son père spirituel qu'elle reprenait. Reprise à sa manière. Sur les réseaux sociaux, elle s'était surnommée elle-même "Laurence Clos des Calades".
Nom de code, nom d'une guerre engagée. Voilà comment je la percevais. Une warrior.  
Juger sans savoir ? C'est tellement pratique les cases, ça fait se poser moins de questions. Deux jours et une nuit de rires, de chansons peuvent changer un avis. Me faire regretter de l'avoir cataloguer. Laurence est toutes celles et ceux qui veulent vivre leur rêve, engageant plus qu'eux-mêmes. Ils, elles aiment autant que vous. 
Aussi faire une tournée, un salon et être toujours, même dans ces moments là, mère de famille... Les enfants loin, trop souvent confiés... ça donne du mordant à nos actions.

La journée s'est déroulée. Il y a eu du monde. Un peu chez nous, suffisamment pour se dire qu'on a bien fait de venir, pour croire que demain sera mieux. Pas assez par rapport à ces stands qui... Qui font quoi de mieux ou qui sont de quelle région pour que les acheteurs soient à moitié conquis sans déguster ? 


C'est maintenant l'heure du repas de vignerons. Avant d'entrer dans la salle prévue à cet effet, on téléphone à ceux qu'on aime. Certains prennent l'air de la vallée. D'autres fument. Nous sommes remontés à La Barollière. On devine un paysage qui dépasse le regard, une portion de la vallée du Gier, la ville de L'Horme, le salon tout en bas. Les fenêtres allumées des habitations soulignent les contours de tout cela. Un paysage dans la nuit, des pointillés lumineux.

Bref...
Jean-Phi est absent. Calce, Jean-Phi Padié. Mon premier salon à Olne en Belgique. En 2012, si je me rappelle bien. Ma première soirée avec des vignerons incroyables de générosité : Bruno et Isabelle Perraud de Vaux-Renard, Matthieu Barret en Cornas notamment, Grégoire Rousseau en Bergerac, Julien Guillot le trublion du Clos des Vignes du Mayne... C'est là que mon estime pour eux, les faiseurs, a vraiment commencé. Les voir rire pour supporter, oublier les journées "sans". Les observer, curieux des méthodes des autres. Envieux sans méchanceté, rassurés de faire si bon parfois, satisfaits quand ce sont les collègues qui le disent. 
Jean-Phi n'est pas là pour parler de son "ragoût de terroirs". Ce soir, c'est avec lui qu'on aurait pu partager...  A son stand, pour la durée de Gier Vin, deux jeunes femmes rock'n souriantes l'ont remplacé. Mouais, même pas le rosé au nom imprononçable sur la table ce soir.
Les deux exposantes sont à la table des déconneurs. Évidemment, là où il y a de la vie, je m'y greffe. Là où il y a les Bettoni, devrais-je dire ! Que je les aime eux deux. Gentiment, on se resserre et j'ai une place là où il n'y en avait plus. Manu a trouvé aussi sa chaise, à la même table, à discuter avec le mari de Laurence Escavi. 
Ça goûte, ça parle, ça picole, ça rigole. Elles sont décidément sympas, les deux ambassadrices de Padié. J'aime bien le sourire doux de l'une d'elles. Elle se marre et puis il y a le magnum de Gilbratar. Et bing dans mes papilles, et ça me souffle une énième poésie, le slam d'Abd-Al-Malik. J'ai envie de chanter et de partager les rires. On chante puis je chante solo Sanson et ça s'marre. C'est facile pour moi, j'accentue ma voix nasillarde. La voix que je n'aime pas, celle qui trahit mes émotions mais en même temps celle qui capte quand elle se pose plus grave, apaisée.

"Aller de ville en ville 
Ça je l'ai bien connu 
Je mène ma vie 
Comme un radeau perdu
Les gens de la nuit sont toujours là quand il faut
Ils vous accueillent avec des rires et des bravos
Les vapeurs d'alcool
Ça je les connais bien
Les cheveux qui collent
Au front des musiciens
Et c'est difficile
Le choix d'une vie
Je rêve de choses dont j'ai réellement envie..."

C'est étrange mais jamais un hasard, ces chansons aux paroles qui résonnent. Alors je chante encore plus fort. Et un petit groupe m'accompagne. Demain, on y repensera. On se fera des sourires avec ceux qui ont observé, moins joueurs, moins à se lâcher. On se croisera, on se jaugera les vins de Calce, mes caillasses. On prendra le soleil de temps en temps avec Loreleï et elle. 


Le soir du deuxième jour, on se dit à bientôt avec la lumineuse au sourire doux. Je lui demande son tel. Oh la, oh la ! J'enchaîne vite, je viendrais avec mon Amour. C'est juste que je ne voudrais pas la rater si je passe à Calce. Et puis, à son tour elle me parle de son ami. Elle me dit qu'il me connait... enfin mes mots. Elle me dit qu'il s'appelle William Iglesia. Je m'exclame que le monde est petit. Et juste pour ça, pour ces hasards, ces rencontres destinées, je suis heureux.
 Elle, c'est Marianna et lui William. C'est bien et c'est TOUT.


Tout ? Non, pas encore ! Comme à chaque fois, la fin d'un salon se signe sur le parking. ça court, ça remballe. On s'échange les vins, entre personnes qui se sont accrochés les atomes. J'espère ne rien avoir oublié dans la salle. Parce que c'est triste un endroit presque vide, auparavant vibrant de partages de vies, de séductions. C'est le moment des manques. Les clins d'yeux non transformés avec les vignerons qui réhabilitent les vins de la vallée du Gier. Guy Bonnand, promis je te découvrirai ailleurs. Rémi Samouillé, tu me feras découvrir le domaine qui t'a adopté... via ta sensibilité poétique. Manque, regret aussi de ne pas avoir développé la prise de contact avec Olivier Mavit, vigneron chauve aux sourcils épais et noir de jais. En voilà un qui a des étiquettes aux titres évocateurs de joyeuses promesses et d'autres aux noms énigmatiques. En voilà un qui est plus proche quand il parle de ses énigmes que de ses étiquettes fantaisies. J'ai son nom, son numéro de téléphone, une plaquette qui présente son histoire, son lieu, ses vins. J'ai les fragrances et saveurs de son mourvèdre rosé en mémoire. J'ai cette étiquette comme un signe : "Mavit en rose".

En paix avec l'immobile car il me semble que tout ce dont je m'éloigne ne bougera plus. Sur la route qui mène à Paris, ma prochaine nuit sera lumineuse. J'ai failli raté Olivier Mavit. Heureusement failli.

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Un homme qui n'a pas vécu la nuit ne peut pas savoir

1 Août 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #La clef et le tire-bouchon

Se rencontrer dans l'immensité.

Se rencontrer dans l'immensité.

Avant la clef, il y a eu les nuits. 

Les nuits longues où le lever du jour n'apaise pas le coeur. Où la solution est derrière la porte de nos obligations, de nos devoirs envers nos parents, les moitiés qui partagent notre vie, le couple, les enfants. Oui, jusqu'à cette clef que nous décidons de saisir, nous partageons notre vie et beaucoup d'entre nous ne vivons pas entier, pour nous-même.

La nuit est douce pour celles et ceux qui dorment, pour les autres qui font briller les villes, ailleurs les cieux de joies, d'oubli de soi jusqu'au petit matin. Pour les autres, c'est l'attente, les idées en cascades, ça coule et jamais ça ne s'arrête. On fait plaisir, on n'inquiète pas. Absent de son propre destin jusqu'à cette nuit.

La nuit où il a pris cette clef, grande et pesante de souvenirs. Grande surtout dans la main de ses aieux quand il était petit. Pas dans la paume de papa, loin de tout ça. Clef pesante de toutes les mains qui l'avaient tournée dans la serrure de cette porte qui abritait l'histoire de deux arrières grands-pères. Des hommes proches de la terre, de celle-là qui se marie aux vents marins, de celle qui accueillait autrefois des bergers et leurs moutons. Un terre sans cyprès, plus aride. Il y a longtemps, il y avait eu le vin de la famille derrière ces murs épais de pierres. Il y a quelques années, c'était seulement du jus pour la coopérative. Sans sens, sans personnalité, amené à se diluer. La masse et puis c'est tout.

Ne plus être dilué, exister. Le vin, l'homme. L'homme, le vin.

Jusqu'à cette nuit où il s'est couché dans la poussière des passés, la phrase n'avait pas eu encore tout son sens. L'ancien métier ne mettrait plus de bâtons dans le roues. Fini l'imprimerie. Oh oui, se faire plaisir comme au temps de l'enfance, des petits boulots d'ados, employé volontaire des champs.

"Un homme qui n'a pas vécu la nuit n'est pas un homme..."

Les nuits seraient bientôt courtes. Là, dans son pays choisi, il fallait vendanger tôt.

 

 

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Pour pouvoir vivre sa liberté sur une terre de libertés

29 Juillet 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #La clef et le tire-bouchon

Pour pouvoir vivre sa liberté sur une terre de libertés

"- Buveur de poèmes : Et toi, tu es en conversion bio ? Nature ? Combien de sulfites ?

- Olivier Mavit : Je suis en conversion et libre.

- Buveur de poèmes : Libre ? Tu veux dire... Vin libre ? Mouais... Nature en fait.

- Olivier Mavit : Non, LIBRE. Mes vins et moi.
Mes vins parce qu'ils ne sont pas standards, qu'ils peuvent évoluer vers le meilleur d'eux-même comme...

- Buveur de poèmes : Comme toi. Comme ces gens qui prennent leur destin en mains quand ils en ont le choix"

Mon regard s'est alors posé sur cette clef. Cette clef qui, comme je l'ai appris plus tard, accompagne Olivier depuis l'enfance.

 

Pour pouvoir vivre sa liberté sur une terre de libertés... Le soir, à la nuit bien tombée, à la suite d'une joute de verres amicalement croisés avec des amis, je replongeais dans les écrits de Giono.

Pour pouvoir vivre sa liberté sur une terre de libertés
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Antoine et le rouge rare de vieilles vignes

26 Janvier 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #Mots et vins d'avant

Peinture d'E.Dazelle

Peinture d'E.Dazelle

A lier des inconnus entre eux par la magie d'un verre tendu,

D'entre tous,
Il y eut, lui, qui poussa la porte, discrètement.

Avançant à petits pas, il dit
"Bonjour je suis Antoine"
Les rires fusèrent de surprise, 
Tandis que les regards s'illuminaient davantage.
La méchanceté n'avait pas trouvé place.
Non ! La présentation d'Antoine nous avait juste rappelé ces scènes de réunions d'alcooliques anonymes.
Nous, nous n'attendions qu'un énième hédoniste.
Lui, ne voulait pas déranger.
Il eut son verre de rouge rare de vieilles vignes.

Ce vin fit parler l'un des participants de son métier d'acteur.
Je lui avouais que depuis des mois je l'avais reconnu,
Et lui signifiais, ce soir, que l'important, ici, était le plaisir d'un moment de partage.

Cela dura encore.
J'aurais voulu que tout l'amour et la joie s'invitent là.

Et puis les uns après les autres, ils repartirent vers leurs habitudes.

Deux restèrent, 
Véronique, Antoine.

Véronique à l'origine de ce moment,
Véronique brûlante de bonne humeur, 
Venue de Montréal faire escale dans cette petite cave à vins de France.
Venue découvrir ce qu'elle n'avait que lu :
Le rouge rare de vieilles vignes.

Antoine, si tendre dans ses propos,
Qui ne pût acheter en plus de ses bulles prévues que le rouge rare de vieilles vignes,
Si bien goûté car entouré de vies.

Antoine, venu chercher un peu de réconfort qu'il trouve à chacun de nos partages,
Antoine,
Cette confession..

Et la lumière dans mes yeux,
Et la lumière dans mon être,
Un merci du bout de lèvres tremblantes.

Buveur de poèmes 
Janvier 2016.

 

Janvier 2017

Et depuis...

J'ai découvert qu'Antoine était artiste peintre, qu'il m'achetait beaucoup de bouteilles pour "s'inspirer" (il a peint une série de tableau sur l'ivresse). Il a une poésie dans le regard qui court souvent jusqu'au bout de ses doigts. Il est bienveillant (en tous cas avec moi). On peut le retrouver parfois à L'Atelier d'Hauteville - 74 rue d'Hauteville, Paris 10e. La galerie vient de faire quelques travaux et c'est beau avec tous ces lumineux et une lumineuse pensionnaires.

Véronique, elle, est à Montréal. Elle anime les bouteilles de vins pour lesquelles elle a eu un coup de coeur. J'ai entendu dire qu'elle se lançait dans la permaculture. Elle semble, entre mille projets, avoir la ferme intention de faire de la vigne entre "plein béton" (Tout du moins sur les toits pour être au plus près du bleu du ciel) et "sol de neige". Elle a la poésie dynamique. Elle reviendra en France en Avril, cette fois-ci chez Pierre.

 

Pierre, Pierre Bernault vigneron

Château Beauséjour - 7 Arrialh. Montagne, Aquitaine. (Plus proche du ciel que de St Emilion)

 A toi, qui m'a donné ma chance chez De Vigne en Ville en me proposant des facilités commerciales pour avoir tes vins, 

Toi qui m'a permis de fidéliser une clientèle avec "La Petite robe poivrée", qui a favorisé mes premiers pas de "bateleur" sous le soleil de Toulouse, Gragnague (Big up à ma "collègueuh" Evelyne et son accueillant, fantastique boucher Serge Galop), de Lavaur chez mon ami Bertrand Denizot de L'Accord Parfait (La cave-restaurant de Lavaur et des nombreux kilomètres alentour !)

Un seul mot qui pourrait sembler banal à la lecture mais dont tu connais l'intensité quand nous échangeons au téléphone :

Merci.

 

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A la lueur d'une flamme.

25 Janvier 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #Mots et vins d'avant

A la lueur d'une flamme

A la lueur d'une flamme

Dans la discrétion, l’intimité d’une bougie, de sa flamme,
« A l’aveugle » pour mieux voir.
Tel un tricheur consentant, je suis le seul à savoir.
Entouré de quelques amis de tous âges, 
mes deux jeunes enfants dans mon sillage.

Je, eux,
enfin, nous
prêts à humer, goûter, mâcher, 
entendre les histoires du Château de REIGNAC.

Vivre cette bouteille, son contenu,
conjuguer des sensations.
Tout ce qui fait de nous des êtres sensibles,
des âmes fortes de leurs faiblesses.

Bouchon tiré, le vin libéré,
tout à l’expression de ses évidences,
Reignac veut vivre tout comme nous.
Il est jeune tout comme eux deux.

Timide, il grandit vite,
s’habitue à l’air,
appelle nos mots.

Timides à notre tour, on s’approche du verre.
Et voilà, ce rouge qui nous invite à le toucher.
On incline, on fait tourner la terre.

Du bout du doigt ou du bout des lèvres, 
on touche le travail des Hommes,
le « parfois » épique d’une équipe.

A la lueur d’une flamme, le vin en bouche,
un peu de pluie, du soleil, des nuages s’amoncellent,
c’est avec assurance,
que l’on fait claquer notre langue,
pour garder l’équilibre.

On s’interroge, 
on attend l’autre du coin des yeux.
Qui se jettera dans l’abîme de l’avis ?
Qui plongera du ponton ?

Puis,
les mots s’échappent pour pousser un mur de verre.
Faire le mur des mots trop mûrs,
les yeux des enfants nous aident à faire la courte échelle,
La lueur des amitiés fera le reste.
La parole libre, on « bricole » notre souvenir,
Tous buveurs de poèmes,
sans rimes et sans strophes,
puisque ce vin est l’œuvre de plusieurs,
versons ensemble notre déclaration :

"Petits bonbons réglisse
Complices
Prunes, mûres, groseilles
La Chine ?
Allons ! Allons, pensons à nos images de vie
Ça ressemble à une eau de Cologne de ma petite enfance
Fraises écrasées, pas sucrées, sur une tartine
J’ai quelque chose sur le bout de la langue mais...
Comme un village endormi sous les cendres
Un voile de lumière d’été 
Des paumes d’enfants imprégnées de menthe fraîche
Sans avoir l’habitude, sans que ce soit mon truc
J’aime la douceur que je ne donne pas à tout le monde"

Voilà ce fut un samedi soir sur la Terre,
un flirt collégial, dans mon resto’ vin cœur « Les Bricoles »,
entouré de chères âmes, à la lueur d’une flamme.

Buveur de poèmes
24 Janvier 2015

 

Château de Reignac - 38 Chemin de Reignac. 33450 Saint-Loubès

Quand l'appellation Bordeaux Supérieur prend tout son sens. 

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"... La langue sauvage, vivante."

14 Janvier 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #Instantanés

"... La langue sauvage, vivante."

C'est juste très grand.

J'avoue. J'étais plutôt curieux de goûter parce que c'était La cuvée Sans Soufre, Non Dosée, Non Filtrée. Serais-je passé à côté si je l'avais dégusté sans rien savoir comme ces personnes qui ne jurent que par le prestige d'une maison champenoise sans en aimer vraiment le goût... ?
Comme ces personnes qui consomment bio, nature et qui achètent des fruits et légumes hors saison et roulent en 4x4... 
"J'adore le Kreug (véridique je l'ai entendu aujourd'hui) et les "sans sulfites"".

Ce n'est même pas drôle quand ils n'écoutent plus et qu'ils nous assénent leur pseudo savoir à nous qui présentons les vins que nous aimons faire - promouvoir - vendre selon notre métier.
"Vous savez qu'il y a un terme pour "exprimèh" la longueur en bouche ? Je ne prends que des vins longs mais longs en bouche comme... Le Kreug".

C'était une dégustatrice même pas une acheteuse. Elle s'est éloignée avec ses lunettes de soleil parfaitement utiles en serre-tête par temps de neige.

J'étais triste même pas moqueur. J'ai tendu mon verre.

L'or clair a coulé. Ça crépitait et tambourinait contre les parois de verre. C'était limpide. J'ai zappé le nez. Et c'est arrivé... la surprise. Celle qui te prend par la langue et la fait claquer de plaisir. Oui ! J'ai eu la langue sauvage, vivante.
À chercher des baisers de rondeur, de pinot noir surtout très murs, d'etincelles de chardonnay. À chercher à tout retrouver à chaque gorgée. À vouloir être vierge de cette nouvelle gourmandise.
Oh oui ! La partie passée en fût a ensorcelé le tout. Oh oui ! Je suis prêt à confondre maturité et dosage...

Je ne sais rien et j'aime ça. Je voudrais tout oublier pour avoir à chaque gorgée le plaisir de l'inconnue saveur à découvrir.

 

Buveur de poèmes - Chloé de Vincent Couche
8 novembre 2016

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Khamriva (Eloge du vin)

13 Janvier 2017 , Rédigé par Caillou - Buveur de poèmes Publié dans #Les Eminades - De beaux lendemains

Khamriva (Eloge du vin)

Il est des écrits,

qui permettent l'attente.

Il est une oeuvre écrite par Omar Ibn Al-Farid

l'un des plus grands poètes mystiques arabes du 12e - 13e siècle.

Voici un extrait du Khamriva.

(En attendant les premières nouvelles, les retrouvailles avec Luc et Patricia Bettoni prévue pour fin janvier au Stand 116 à Millésime Bio - Marseille 1ère édition)

 

"On me dit : "Décris-le toi qui es si bien informé de ses qualités."

Oui, en vérité, je sais comment le décrire.

C'est une limpidité et ce n'est pas de l'eau,

c'est une fluidité et ce n'est pas de l'air,

c'est une lumère sans feu et un esprit sans corps.

...

Si tu t'enivres de ce vin, fût-ce la durée d'une seule heure,

le temps sera ton esclave docile et tu seras la puissance."

(Toutes les photos de ce post sont la propriété du omaine Les Eminades)

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Le blanc est un arc-en-ciel endormi

12 Janvier 2017 , Rédigé par Buveur de poèmes Publié dans #Poésie

Sortons du cadre avec Aude Borromée, plasticienne et architecte. Accompagnatrice de changement.

Sortons du cadre avec Aude Borromée, plasticienne et architecte. Accompagnatrice de changement.

Et nous retrouverons dans le blanc 
De ces palpitations de couleurs emprisonnées.
De celles-ci, de celles-la qui n'existent pas,
Sans ce cerveau qui décode un regard,
Sans cette matière traversée,
Sans la bien veilleuse, bienveillante lumière.

Et nous reprendrons des couleurs,
Comme un retour à la vie,
Lâchant prise en peignant la grisaille,
En nuançant les aplats du tout conforme.

Et nous reprendrons aussi de ce cristal vibrant d'auréoline,
Où nichent
Si l'on se laisse porter,
Du blanc tilleul, du vert cinabre,
De l'innocent, du jaune de mai mâtiné de lune polaire.

Et si, à force de quête d'apaisement, nous reprenions goût à la douceur ?
C'est toute une palette de jaunes persan, de nickel et de naples qui inviteraient nos madeleines de Proust.
Tout serait de miel, de jaune papillon, de boutons d'or, de jonquilles.
Et ces soleils seraient alors cette saveur de savane sauvage.

Le blanc est un arc-en-ciel endormi
Buveur de poèmes

 

 

Les 17 et 18 juin 2016, au 21 rue des Messageries à Paris, en compagnie de la plasticienne et architecte Aude Borromée, nous avons organisé un événement de "lecture différente".
Dans l'atelier, un verre à la main,  nous avons essayé de ressentir la couleur, les nuances devant deux séries de tableaux (une sélection en blanc, une autre en rouge). Le goût des vins présentés ne devait être décrit que par le biais de la couleur.
La poésie s'est invitée.

 

Et depuis...

Il y a eu une série de toiles transposant des paysages parcellaires, de vignes.

 

http://www.audeborromee.com/

 

 

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Où était le soleil ce jour là ?

11 Janvier 2017 , Rédigé par Caillou - Buveur de poèmes Publié dans #Les Eminades - De beaux lendemains

Patricia et Luc Bettoni

Où était le soleil ce jour là ?

Dans la présence,

sur une vieille embarcation signant ma Loire,

dans une main amie me tendant un vin d'ailleurs.

Cinsault solaire, syrah bistrotière, grenache joyeux,

prêts à tout pour donner le sourire.

Mon coeur n'y était pas.

Où était le soleil ce jour là ?

J'ai goulotté comme avant.

Le vin fut encore le plus fort,

les nuages se déchirèrent,

Le fleuve des Rois et ses courants dévoilèrent une autre beauté.

Le vin, encore !

Sentir ma vie pulser, encore !

Regarder l'onde, ma Loire, un pendentif couler.

Sentir vibrer les amitiés naissantes.

Une pierre était plantée pour un caillou.

Quelques mois plus tard, sur une péniche parisienne, un salon vinique bien noté,

je rencontrais les deux lumineux orfèvres de cette bouteille.

J'ai su que nos chemins seraient communs un moment.

Un moment d'images semées, de mots à venir,

Nature et humanités confondues.

Il y a un peu plus de deux ans que ce moment a commencé...

Et depuis le soleil a brillé à nouveau, 

Je reconnais qu'il peut chauffer le coeur plus d'une fois dans une vie.

 

A boire et à s'apprivoiser, 

A être heureux de se retrouver en salons,

A s'écouter, à rire et se sentir vivant, apprendre,

Puis rire encore et s'enivrer,

Ensemble,

Il nous manquait de nous projeter,

Ensemble.

Il me manquait ce plaisir de parler pour eux, pour leurs vins

Depuis ce matin, c'est signé et cela se passera à Lyon en février.

Ce sera pour une journée et je ne parlerai que d'eux.

 

 

Patricia et Luc Bettoni - Entre grès et schistes de Saint Chinian

Domaine Les Eminades

(Toutes les photos de ce post sont la propriété du domaine Les Eminades)

Où était le soleil ce jour là ?
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